Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 20 février 2019

Gilles-William Goldnadel : “L’incarcération d’Alexandre Benalla sur la foi d’écoutes illégales et contestées est totalement aberrante !”

Gilles-William Goldnadel revient aussi sur la marche contre l’antisémitisme, un “psychodrame autour de la question juive organisé par des pompiers pyromanes”.

Vous êtes étonné qu’Alexandre Benalla soit sous les verrous. Pouvez-vous développer votre propos ?

Je ne me considère pas comme l’avocat de monsieur Benalla, mais le juriste qui vous parle et le citoyen épris de liberté s’étonne de cette décision. Je m’en étonne à beaucoup de titres.
D’abord, parce que les moyens de preuves qu’ont utilisés les juges pour fonder leur conviction ne sont rien moins que discutables. Il s’agit d’écoutes sauvages. Au passage, je tiens à féliciter, à titre d’auxiliaire de police, Mediapart. Ce sont des écoutes sauvages qui, à mon avis, n’ont aucune valeur juridique, d’autant plus qu’elles sont contestées, et dans leur principe et au niveau même de la date de l’enregistrement.
C’est discutable en matière de violation de contrôle judiciaire. En principe, lorsqu’il s’agit de la première incartade, on va très rarement faire une incarcération. C’est discutable également en matière de libertés publiques. C’est quoi, ce monde ? C’est quoi, ce pays ? C’est quoi, cette France ? Si, maintenant, des écoutes sauvages sont possibles. Il ne s’agit pas d’écoutes de police. On peut donc, désormais, enregistrer tout le monde et, ensuite, la Justice accepte de les traiter. Ce n’est pas une procédure de fond mais une procédure rapide.

L’argument avancé pour l’incarcération de monsieur Benalla a été le fait qu’il n’a pas respecté le contrôle judiciaire qui lui était imposé.

J’ai bien compris. Ce contrôle judiciaire était, justement, de ne pas avoir de contacts avec l’un des protagonistes. Je dis que, dans le cadre d’une procédure rapide comme celle-là, où les moyens de preuves n’ont pas de valeurs probatoires et sont des écoutes sauvages, et compte tenu de la décision d’incarcération, cela me paraît totalement aberrant.
Je n’aime pas ce monde dans lequel des officines peuvent pratiquer des écoutes sauvages. Cela me paraît digne d’un pays totalitaire. Je dis cela par principe et non pas pour défendre monsieur Benalla, dont je me moque comme d’une guigne.
En revanche, je suis étonné que le parquet n’ait pas ouvert un supplétif auprès des magistrats pour investiguer sur les conditions de perquisition du mois d’août. Les policiers sont arrivés et n’ont rien trouvé. Monsieur Benalla prétendait qu’il n’avait pas les clés. Les policiers sont repartis pour revenir plusieurs heures plus tard alors que le ménage a pu être fait.

Un rassemblement s’est tenu, hier, contre l’antisémitisme. Il rassemblait tous les partis politiques à l’exception du Rassemblement national. Étiez-vous présent et qu’en avez-vous pensé ?

Je n’étais pas présent puisque je vous parle d’Israël. Quand bien même j’aurais été à cinq minutes de l’endroit de la manifestation que je n’y aurais pas mis un pied. Comme Alain Finkielkraut, je pense qu’il s’agit d’une faute extrêmement grave de ne pas avoir fait une manifestation unitaire. Dès l’instant où il ne s’agissait pas d’une manifestation unitaire, je suis bien obligé de regarder quels sont les partis qui ont été adoubés par le Parti socialiste. Or, je vois qu’il y a notamment le Parti communiste français. Dans ses municipalités, ce parti tresse des lauriers pour les terroristes assassins tueurs de juifs en Israël ou pratique un clientélisme éhonté dans les banlieues à l’égard des islamistes antisémites. C’est avec ces gens-là, qui sont les fourriers de l’antisémitisme, que je suis censé me mêler?
Je ne veux pas. Il est hors de question que je participe à un psychodrame autour de la question juive qui est organisé par les pompiers pyromanes qui ont fait que l’antisémitisme, en France, en est à ce niveau-là. Vous voudriez que j’aille me mêler à ces gens-là qui sont responsables des malheurs de la communauté juive et de la France ?

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