Editoriaux - Politique - 3 octobre 2018

Gérard Collomb fait du Zemmour… et ce n’est pas rassurant !

Quand un marchand de parapluies vous dit qu’il va pleuvoir, vous relativisez ses propos. Hé, hé, pas si bête, c’est, bien sûr, dans son intérêt de vous alarmer.

Mais quand un vendeur de lunettes de soleil vous fait les mêmes mises en garde, vous prêtez l’oreille, voire vous vous inquiétez sérieusement. S’il y avait la moindre chance pour que le ciel s’éclaire, il l’aurait claironné urbi et orbi. S’il prédit à contrecœur une rincée, c’est que vous risquez bien une tempête.

Il est peu probable que Gérard Collomb se reconvertisse dans le commerce de détail puisqu’il n’a même pas eu besoin de traverser la rue pour trouver un nouveau travail : il sera maire de Lyon. Néanmoins, il est un peu l’opticien de cette petite parabole. Un passage de son discours d’adieu, abondamment relayé par la presse, semble avoir été écrit par Éric Zemmour. Sauf que, dans la bouche du ci-devant ministre de l’Intérieur, il est infiniment plus inquiétant. Son fonds de commerce politique, c’est en principe celui de l’identité heureuse qui pense printemps. Celui du vivre ensemble qui s’enrichit de la diversité.

“Aujourd’hui, on vite côte à côte. Je crains que, demain, on vive face à face”, a-t-il lancé. Et, plus loin, évoquant les quartiers sensibles : “Aujourd’hui, c’est plutôt la loi du plus fort qui s’impose, des narcotrafiquants, des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République.”

Sa pensée semble désormais à l’unisson de la saison, grise et automnale, dans la bourrasque.

Tous les analystes politiques se perdent en conjectures : mais pourquoi a-t-il donc démissionné ? On avance des blessures d’amour-propre, on suppute des querelles de personnes, on imagine des déceptions. En guise de cadeau de départ, on peut lui faire crédit de motivations dépassant le strict niveau zéro de son ego : peut-être l’idéologie s’est-elle fracassée contre une réalité que sa fonction du même nom lui a fait voir de l’intérieur ? Peut-être le sentiment de son impuissance ou une certaine schizophrénie lui devenaient-ils insupportables ?

Sa mise en garde n’est pas sans faire écho à la “partition” des territoires évoquée par François Hollande dans son livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça… Un ministre de l’Intérieur socialiste non plus. Tous deux ont la double caractéristique d’avoir été aux premières loges et de de n’avoir aucun intérêt politique – c’est une litote – à dépeindre une situation dramatique.

On le sait, Daniel Cohn-Bendit, qui a d’ailleurs l’âge d’en faire autant, lui a recommandé d’aller s’occuper de ses petits-enfants. Un mot de plus et il l’envoyait à l’EHPAD. On peut prendre ce discours de départ de Gérard Collomb comme une sorte de testament, dont chaque mot a été posé. Pour s’exonérer à l’avance des reproches qu’on pourrait lui faire dans le futur, quand, qui sait, on ne vivra plus côte à côte, ni face à face, mais que l’on survivra dos à dos ? “J’ai tout essayé, sans succès. Je les ai prévenus en partant le 3 octobre, ils ne m’ont pas entendu.”

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