Dans le mille pour l’empire du Milieu, le 1er décembre 2020 : la mission chinoise Chang’e 5, lancée le 24 novembre, a réussi son alunissage au nord du Mons Rümker, dans l’Oceanus Procellarum, également connu sous le nom d’océan des Tempêtes, sur la face visible de l’astre. Pour la première fois en quarante ans, une sonde spatiale, injectée en orbite depuis le lanceur lourd Longue Marche 5 – tout un programme révolutionnaire ! –, devait tenter de ramener sur Terre des échantillons de sol lunaire.

Les Chinois ont l’art des subtilités symboliques : Chang’e, leur déesse ancestrale de la Lune, est évoquée dans la poésie des Tang comme une belle femme délaissée. Pourquoi la courtiseraient-ils donc désormais avec tant d’insistance ? Question de prestige civilisationnel Han pour s’affirmer comme le nouveau « Grand » ? Oui. Mais pas que !

Il faut croire que les dirigeants « plouto-communistes » ont bien compris que, dans la course à l’hégémonie planétaire engagée contre les États-Unis, toute captation de ressources devient essentielle et prioritaire. Il faut anticiper le nouveau « Grand Bond en avant » vers le monopole technologique – passez-moi l’expression maoïste de sinistre mémoire ! – qui ne soit pas un leurre, sous la conduite du nouveau prince rouge . Une stratégie conquérante, pour faire exister le « rêve chinois » promis à son peuple laborieux et soumis, à l’horizon 2035.

Rémy Delcourt, journaliste à Futura Sciences, révèle l’enjeu de la mission Chang’e 5 : le projet scientifique consistant à analyser des échantillons volcaniques pour mieux connaître la structure interne de la Lune, son histoire, et donc un peu celle de notre univers, serait réel mais secondaire. L’objectif premier serait d’estimer précisément les quantités probables de terres rares (métaux comme le scandium et l’yttrium) présentes sur la zone d’alunissage. « Ces éléments, dont les propriétés électroniques, catalytiques, magnétiques et optiques font leur intérêt, sont devenus incontournables dans de nombreux secteurs, comme l’automobile, l’aéronautique, la défense et toutes les nouvelles technologies », commente-t-il. Par leur exploitation, la , qui produit déjà près de 85 % des terres rares de notre planète, serait alors en situation d’exclusivité de l’offre.

Ajoutons l’accumulation d’hélium 3 (facilitée par l’absence d’atmosphère) déposé par les vents solaires à la surface de la Lune, dont l’exploitation pourrait permettre de développer une énergie moins polluante. Selon le géochimiste Ouyang Ziyuan, responsable du programme scientifique chinois d’exploration spatiale, cité par Slate.fr, la Lune « est tellement riche en hélium 3 que cela pourrait régler le problème des besoins en énergie de l’humanité pour au moins 10.000 ans ! » Projets à long terme.

Pari gagné, donc, ce 16 décembre. La capsule spatiale contenant les échantillons prélevés sur la Lune a atterri sans problème en Mongolie-Intérieure, un peu plus de trois semaines après avoir quitté la Terre, rapporte Le Monde. Si l’on ignore encore quelle masse de sol lunaire a pu être rapportée – les Chinois espérant au moins deux kilos –, l’opération confirme que pour Pékin, l’enjeu économico-stratégique est d’importance.

Une course est engagée. Car, aux États-Unis, le projet de la NASA – Artémis malmené, reporté – visant à envoyer un équipage sur la Lune dès 2024 reste d’actualité. Malgré la défaite électorale de Donald , qui en fut le plus fervent soutien. Le 9 décembre dernier, a fait état des 18 astronautes présélectionnés pour la mission : neuf hommes et femmes ; parité oblige ! Bref, le binôme américain qui foulera le sol lunaire sera mixte.

Alors que, dans cette seconde guerre des étoiles, la Chine espère disposer d’une station spatiale avec équipage d’ici et, à terme, envoyer aussi des humains sur la Lune sans, pour l’heure, en préciser encore le , les Américains comptent ainsi remporter une bataille symbolique face à leur dangereux concurrent communiste aux valeurs confucéennes réactivées.

17 décembre 2020

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