Editoriaux - Justice - Le débat - Médias - 27 novembre 2017

Les féministes veulent bien débattre, mais seulement avec ceux qui sont d’accord avec elles !

Sur Boulevard Voltaire, nous dénonçons suffisamment les médias « mainstream » pour leur rendre justice lorsqu’ils défendent la liberté d’expression.

La scène se déroule sur le plateau de BFM TV, Apolline de Malherbe a invité Anne-Cécile Mailfert, ancienne représente d’Osez le féminisme ! et présidente de la Fondation des Femmes, pour évoquer l’égalité hommes/femmes, proclamée “grande cause” du quinquennat par le président de la République. Pour alimenter le débat, Apolline de Malherbe a programmé un court extrait avec Alain Finkielkraut, qui s’était inquiété, quelques jours auparavant, de l’extension de la dénomination harceleur au dragueur éconduit.

La vidéo s’arrête, retour de la caméra sur le plateau. Anne-Cécile Mailfert émet un petit rire désolé, comme à la fin d’un repas arrosé devant un grand-père un peu gâteux qui raconte des insanités. Il faut aller coucher pépé. Et peut-être même le coller une bonne fois dans une maison de retraite.

“Faut arrêter avec lui, hein, franchement…”, lâche-t-elle, “faut arrêter de le faire parler de ces sujets-là”.

Apolline de Malherbe, à laquelle son statut de jeune femme donne blanc-seing, se cabre aussitôt :, “Donc en fait, on a le droit d’en parler qu’avec les gens qui sont d’accord avec vous ?[…] c’est important que tout le monde puisse s’exprimer, non ? Et d’ailleurs, je vous fais réagir exactement à ses propos, donc allez-y.”

“Je dis ça parce que c’est un peu d’un autre temps, quoi…
– Ah, donc, en fait c’est une question de générations ? Ça veut dire que les vieux, on ne peut pas les interroger sur ces questions-là ?
– Vous pouvez les interroger si vous voulez
, lâche finalement Anne-Cécile Mailfert (trop aimable !), moi, je dis juste que je l’entends un peu beaucoup et que c’est très désagréable”.

Alain Finkielkraut fait sans doute partie de ces “mâles blancs de plus de 50 ans” qui, selon elle, “possèdent les rênes du pouvoir”, “ont de leur côté les médias”, et “sont les représentants de la domination masculine archaïque”, qu’elle décrivait dans Le Figaro Madame, en 2013. Oui, je sais, elle a un peu l’air de réciter sa leçon, mais reconnaissons au moins qu’elle l’a très bien apprise : tous les mots clés y sont.

Il faut dire que la sémillante Anne-Cécile Mailfert a une conception bien à elle de la discussion. Citons, pour l’anecdote, le Grand Débat de la Fondation des Femmes du vendredi 24 mars dernier, organisé par ses soins et censé « interpeller » les candidats à la présidentielle 2017. Elle en avait exclu le Front national, expliquant que “les associations ne souhaitaient pas inviter Marine Le Pen ou l’un de ses représentants, à cet événement”. Mais comme c’était une candidate vraiment mineure qui n’avait aucune chance de passer au second tour, ce n’était évidemment pas très grave, n’est-ce pas ? En 2015, lors d’un entretien sur clique.tv, elle avait d’ailleurs mis en garde : “Le FN dit aussi qu’il faut que les femmes rentrent à la maison pour laisser les emplois aux hommes.” Las, nulle Apolline de Malherbe pour lui demander à quelle page et dans quel paragraphe se trouvait cette étonnante assertion. De là à penser que Marine Le Pen s’est sabordée pour retrouver ses gants Mapa et son évier, et laisser obligeamment le poste à ce grand garçon de Macron…

Comme on peut le voir, si l’on se moque de la “pensée complexe” de certains, ce n’est pas un reproche que l’on peut faire à Anne-Cécile Mailfert. C’est peut-être pour cela, du reste, qu’elle veut faire taire les philosophes. Ils donnent mal à la tête.

En 2010, le romancier Bernard Quiriny écrivait Les Assoiffées (Seuil), une uchronie imaginant une dictature féministe en Belgique. Les grandes timonières locales s’y font appeler “les bergères”.

Heureusement, il reste encore des journalistes capables d’envoyer aussi sec la réponse du berger à la bergère. Et de la moucher sans avoir l’air d’y toucher.

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