On se souvient de l’affaire en décembre 2016 : un jeune homme, âgé de 23 ans, d’origine malienne, qui avait été interpellé après un parcours meurtrier entre Drôme et Vaucluse au cours duquel il avait tué quatre personnes. Il vient d’être reconnu irresponsable pénalement, souffrant d’une psychose chronique schizophrénique et, donc, ne sera pas jugé.
Réaction de Jacques Bompard, maire d’Orange, ville dans laquelle deux personnes trouvèrent la mort dans ce drame.

Jacques Bompard, le suspect d’un quadruple meurtre vient d’être déclaré pénalement irresponsable à la suite d’une deuxième expertise psychiatrique. Quelle est votre réaction ?

On vit dans un pays où la société assure de moins en moins la défense du citoyen.
Le problème est que les fous ne sont pas jugés. Un homme qui tue quatre personnes est mis entre les mains de psychiatres qui vont, soi-disant, le guérir et lui permettre de sortir. Aux yeux de la loi, l’état de folie annule les faits. Mais, une fois relâché, le fou guéri peut redevenir fou et assassiner à nouveau des gens.
La société n’assure, alors, ni la pénalisation des victimes ni la défense des citoyens. Elle n’assume, donc, plus ses responsabilités fondamentales. Et je le condamne. Je ne dis pas qu’il faille nécessairement mettre un meurtrier en prison s’il est fou mais, en tout cas, il faut le mettre hors d’état de nuire et faire en sorte qu’il ne puisse pas recommencer à tuer.
Cette société donne des droits aux citoyens mais n’exige pas, en retour, des devoirs. Or, les droits sans les devoirs, c’est la chienlit !

Y aura-t-il un procès pour les victimes ?

Il n’y aura pas de procès. L’auteur sera mis dans un asile. Et si, dans six mois, un an ou dix ans, un psychologue ou un psychiatre décide qu’il n’est plus fou, on le relâchera.
Il est interdit de penser qu’il puisse être repris par son accès de folie meurtrière. Il y a des fous qui ne sont pas dangereux, c’est vrai, et cela ne pose pas de problème. En revanche, je ne vois pas comment un psychiatre pourrait déclarer guéri quelqu’un qui a commis quatre assassinats.

Dans cette affaire, que demandez-vous en tant que maire d’Orange, dont la commune a été le théâtre des crimes ?

En tant que maire d’Orange, je me fais l’écho de la famille de ceux qui ont été assassinés et qui sont Orangeois. Ils disent que ce personnage doit être jugé et ne doit plus pouvoir nuire.
Après avoir été jugé, déclaré fou et mis en asile, il ne faudrait pas qu’un jour, après avoir été déclaré guéri, il puisse être relâché et en capacité de recommencer ses crimes.

Votre remplaçante à l’Assemblée va-t-elle pouvoir faire quelque chose ?

J’ai effectivement saisi ma suppléante, qui est devenue députée, désormais. Elle va déposer une proposition de loi. Je sais qu’elle ne servira pas à grand-chose. Lorsque les propositions de loi sont pleines de bon sens, elles restent au panier. Lorsqu’il est hors du prêt-à-penser, le législateur, aujourd’hui, ne fait que témoigner.

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