Editoriaux - International - 27 janvier 2019

Farce du shutdown : Trump entre scénario vénézuélien et sursaut gaullien

À entendre la presse, il semble que, dans l’affaire du shutdown, l’establishment tout entier ait permis à madame Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre) et monsieur Schumer (chef de la minorité démocrate du Sénat) de devenir de facto la présidente et le vice-président des États-Unis. Deux membres du « club », il va de soi. Après tout, le pays de la liberté a déjà choisi le chef de l’opposition du Venezuela pour président intérimaire contre son président élu Maduro, jugé illégitime, c’est-à-dire non conforme à la doxa mondiale. Alors, pourquoi ne pas sortir Trump ?

Les croyants diront que Trump est un brillant stratège, un génie qui fait mine de s’agenouiller avant sa proclamation de l’état d’urgence, héritée du chaos migratoire provoqué par l’actuel coup d’État américain à Caracas (exil de millions de réfugiés que les actuels systèmes de contrôle américains aux frontières ne pourront stopper), ou, mieux encore, avant le rapatriement dare-dare au Proche-Orient des armées basées en Corée du Sud (d’où les discussion avec le prince nord-coréen) en prévision d’un Armageddon iranien à organiser avec son ami Netanyahou. Le peuple suivra alors…

Ses détracteurs pensent que Pelosi, Schumer et l’establishment républicain l’ont déjà radié des livres, puisqu’ils se comportent déjà avec lui comme avec un cadre en préavis de licenciement sans plus aucune pertinence au sein du système. Il est vrai qu’avec l’affaire du shutdown, Trump avait commencé à provoquer des cassures chez les élus démocrates. L’on craignait même (dans l’establishment) que la « résolution Trump » sur la fin du shutdown et le mur n’eût rassemblé les soixante votes nécessaires au Sénat pour, ensuite, passer dans la Chambre et y créer la zizanie, forçant la main à Pelosi.

Mais, tout comme, avant les dernières législatives, les colis menaçants envoyés aux médias et à George Soros ainsi que l’attentat dans une synagogue, les mauvaises coïncidences des fausses révélations de Buzzfeed (Trump incitant son Cohen à se parjurer) et de l’affaire Covington (qui, en dépit des rétractations a continué son parcours médiatique comme si de rien n’était) ont suffisamment intimidé les sénateurs démocrates pour qu’ils ne fassent pas défection. D’autant que le mot avait déjà dû passer selon lequel Roger Stone (l’homme des « basses œuvres » électorales de Trump) allait bientôt être arrêté – ce qui est arrivé ce vendredi. Bref, pourquoi se rallier quand ça sent le cercueil ?

Car « tout le monde » s’attend à une nuée d’inculpations, en particulier les membres de la famille de Donald Trump, ce qui devrait ainsi le pousser – « tout le monde » le dit – à la démission, tant il est clair que le système judiciaire est savamment arsenalisé afin de produire un changement de régime sur le territoire même des États-Unis, à la manière d’un pronunciamiento sud-américain. Et depuis 48 heures, les anciens patrons des services de renseignement – qui, tous, ont pourtant eu quelques problèmes avec la vérité devant les parlementaires – passent à la queue leu leu sur les grands médias pour annoncer la mort de Trump.

Trump croit en la démocratie ; l’oligarchie, au capital circulant. Trump, en un sursaut gaullien, veut déclarer l’état d’urgence afin de financer d’autorité le mur sur le budget de la Défense ; l’oligarchie veut la restauration de la davocratie. Les ides de mars ne sont pas loin pour Trump. Qui sera son Titus Vestricius Spurinna ? Sa Calpurnia ?

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