[Expo] La Régence, ou « l’ébrouement joyeux »

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La Régence est une courte période - sept ans et demi d’Histoire de France (1715-1723) -, mais elle donne le ton au dernier siècle de l’Ancien Régime. Marc Fumaroli la qualifiait d’« ébrouement joyeux », marquant bien la respiration qui suivit les années de vieillesse de Louis XIV. Comme si la France ouvrait les fenêtres et prenait un bol d’air frais.

Le musée de Carnavalet, musée de l’Histoire de Paris, est plus que légitime pour nous la faire revivre, puisque la Régence est une affaire parisienne. La vie politique et culturelle revient à Paris après des décennies versaillaises. Le jeune roi loge aux Tuileries et Philippe d’Orléans, le régent, au Palais-Royal. La ville se dessine comme capitale de la France moderne. Elle le restera quand Louis XV retournera à Versailles.

Jean-Baptiste Santerre, Philippe, duc d’Orléans, régent de France (1674-1723) et Minerve (sous les traits présumés de Marie-Magdeleine de La Vieuville, comtesse de Parabere, sa maîtresse 1693-1750), 1717-1718 © Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Dist. RMN-Grand Palais / Photo : Gérard Blot

Paris, République des lettres

La cour étant dispersée dans Paris, il s’y tient salons, spectacles, concerts. On fréquente les cafés, les billards. On bâtit une nouvelle génération d’hôtels particuliers dans le Marais, faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré. Certains d’entre eux contribuent encore aux ors de la République, comme l’hôtel de Matignon (1722-1723) et le palais Bourbon (1722-1728).

Côté arts et lettres, c’est là, à Paris, que « ça se passe ». Ce sont les débuts de Marivaux, de Voltaire (l’embastillement et les premiers succès), les années de formation de Chardin et de Boucher, la maturité de Couperin, Rameau, Oudry et Watteau, les dernières années de Boulle qui passe la main à ses fils… Ce sont les Lettres persanes de Montesquieu et la pastelliste vénitienne Rosalba Carriera qui devient la coqueluche de l’aristocratie. Étonnez-vous que l’Europe entière ait les yeux tournés vers Paris!

Console aux chimères attribuée à François Roumier, Paris, vers 1720. Collection privée © Studio Sebert

La commande royale est en sommeil mais nobles et bourgeois fortunés font marcher l’artisanat et la création. L’art décoratif est resplendissant. Les menuisiers-ébénistes, les fondeurs, les peintres et les orfèvres créent un art de vivre raffiné et un style qui pose les bases du futur style rocaille avec courbes et contre-courbes, ornements tirés de la nature travaillés en bois doré à la feuille, en bronze, en argent.

Cartouche et Law, deux aventuriers chacun dans son genre

La Régence voit aussi Cartouche, le brigand parisien et chef de bande, écrire sa légende - roué vif à 28 ans en place de Grève. Le banquier John Law écrit la sienne aussi, avec création de monnaie de papier et dépréciation des cours monétaires. Il entraîne nobles et paysans, communautés religieuses et bourgeois dans des spéculations mirifiques qui finiront par une banqueroute généralisée en 1720.

Pour limiter la casse, il faudra l’énergie de Joseph Pâris Duverney, qui appartenait à la célèbre fratrie de financiers. Il siégea à la « commission des visas » chargée d’épurer les créances liées à la banqueroute. Il faudra aussi l’action de l’abbé Dubois, conseiller du Régent, puis ministre et Premier ministre (en même temps qu’il est fait archevêque puis cardinal). L’abbé Dubois était raillé et critiqué : fils d’un apothicaire, son ascension sociale déplaisait.

Jean-Siméon Chardin, La Partie de billard, vers 1720. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

« Temps fortuné marqué par la licence » (Voltaire)

Le Régent ne fut pas plus épargné. Il eut contre lui les jansénistes, les parlementaires, quelques nobles. Pour Jean de Viguerie, c’est « une personnalité complexe » et « assez mal connue » (Dictionnaire du temps des Lumières, Coll. Bouquins). Philippe d’Orléans est travailleur et jouisseur, libre-penseur et artiste (peintre, musicien accompli).

La Régence est restée célèbre pour ses ripailles et débauches aristocratiques. « On disait des ordures à gorge déployée, et des impiétés à qui mieux mieux, et quand on avait bien fait du bruit, et qu’on était bien ivre, on s’allait coucher, et on recommençait le lendemain », écrit le duc de Saint-Simon. Libertinage des mœurs et des idées : c’est l’aube des Lumières. La Régence, c’est un jour nouveau qui se lève, pour le meilleur et le pire.

• Jusqu’au 25 février 2024.

Musée Carnavalet – Histoire de Paris, 23, rue de Sévigné, Paris IVe.

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis et les 1er mai, 25 décembre et 1er janvier.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Je suis totalement opposé à cette stratégie ! Pourquoi ? Parce que Paris ville de Lumière, ne mérite absolument pas une telle distinction ! Pourquoi ? Parce que la maire de Paris madame Anne Hidagot est en train de faire de Paris une ville Wokiste, Indigéniste et Transhumaniste ! Ce qui est contraire de mon point de vue de nos valeurs humaniste et de civilisation ! Amitiés à tous Hervé de Néoules !

    • le film donnait plutôt l’impression d’une période de débauche éhontée pour les riches aristos de Paris , à justifier presque la révolution des gueux primitifs – ayant débordé les bourgeois- de la campagne profonde qui a suivi quelques années après..

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