Un sondage Challenges-Harris Interactive place pour la première fois Éric Zemmour au second tour des élections présidentielles de 2022, devant Marine Le Pen et Xavier Bertrand, face à Emmanuel Macron. La campagne est encore longue, rien n’est évidemment joué pour l’ancien journaliste du Figaro. Mais ce non-candidat, toujours pas officiellement déclaré, bénéficie à l’évidence d’une dynamique explosive, exceptionnelle dans l’histoire de la Ve République.

Ce 5 octobre 2021, Éric Zemmour s’est longuement confié, sans fard et sans tabou, au micro de Boulevard Voltaire. Son nouveau statut, Bernard Tapie, son livre La France n’a pas dit son dernier mot, les limites du libéralisme, les chefs d’État qui l’inspirent : Zemmour dit tout. Détendu, en pull-over et sans veste, il nous rejoint dans un café du centre de Paris où nous avons rendez-vous, seulement accompagné de sa directrice de campagne Sarah Knafo et d’un garde du corps.

Pour profiter de cet entretien exceptionnel, nous proposons à nos chers lecteurs de passer une semaine avec Zemmour. Durant quatre jours, nous publierons en quatre épisodes les confidences de celui qui fait trembler le paysage politique. Nous vous proposons aujourd’hui le premier de ces quatre volets.

Gabrielle Cluzel : Éric Zemmour, vous publiez un nouveau livre La France n’a pas dit son dernier mot, entre souvenirs, anecdotes et programme. Le dernier sondage Challenges-Harris Intercative vous donne au deuxième tour des élections présidentielles. Vous êtes aujourd’hui le deuxième homme de cette campagne. Merci d’accorder un peu de temps à Boulevard Voltaire. Nous vous interrogerons en alternance, Marc Baudriller et moi-même.
Marc Baudriller : Quel effet cela fait-il au journaliste du Figaro en congé de lire à la une de son journal, en date de ce 5 octobre : « Macron et la droite face à la percée de Zemmour », le tout accompagné d’un éditorial de Vincent Trémolet de Villers ?

Je trouve que c’est amusant et que c’est un clin d’œil. En même temps, j’ai trouvé le traitement du Figaro très objectif et honnête. C’était du bon travail.

M. B. : Bernard Tapie s’est éteint. Les hommages sont unanimes. Fait-il partie, d’après vous, des grands hommes qui ont servi la France ?

La mort efface beaucoup de choses. Je ne peux que rendre hommage à un mort. On peut rendre hommage à un caractère valeureux et à un combattant sans être d’accord avec ses positions. J’ai un avantage par rapport à beaucoup d’autres, c’est que j’affronte les gens lorsqu’ils sont vivants. J’ai affronté plusieurs fois Bernard Tapie. Cela s’est, d’ailleurs, fini de façon folklorique puisqu’il a menacé de me frapper. Je n’ai pas de honte à dire que, malgré nos désaccords fondamentaux idéologiques et politiques, Tapie avait du courage. C’était un guerrier, il l’a d’ailleurs montré face à son cancer. J’aime la politique, j’aime l’Histoire. Nous sommes des êtres humains et on peut se croiser sur un plateau et s’affronter pour des raisons de fond tout en rendant hommage à un être humain qui a souffert, qui a eu une maladie terrible et qui s’est malheureusement battu contre cette maladie. Il ne faut pas tout mélanger.

Gabrielle Cluzel. Votre livre est assez différent des précédents. Raconte-t-il la chronologie de la déliquescence de la France ou est-ce la chronologie de votre prise de conscience ?

Je l’explique dans mon introduction. C’est un peu tout cela. Au départ, j’ai voulu écrire la suite du Suicide français, car je croyais avoir mis un terme à cette déliquescence avec ce livre. J’avais cette espèce d’hubris de l’écrivain qui a trouvé les bonnes lignes de lecture et qui pense que parce qu’il l’a écrite, l’histoire s’arrête. Eh bien non ! J’ai découvert que, malheureusement, j’avais écrit quelque chose, mais que le suicide continuait et même s’aggravait. Je voulais donc raconter la suite. Et puis, je me suis rendu compte qu’en écrivant la suite, j’écrivais aussi la réponse au Suicide français.
Et, enfin, j’écrivais de façon plus personnelle. Ce livre ressemblait beaucoup plus à Choses vues de Victor Hugo. Je ne me compare pas à Victor Hugo, rassurez-vous, mais ce grand livre est le modèle absolu de ce mélange d’annotations, de points personnels et en même temps de réflexion politique. Je le relis régulièrement et c’est vraiment cela que j’avais en tête. Vous avez raison, c’est aussi un peu ma prise de conscience que le combat intellectuel et culturel – que je croyais le seul à être indispensable aujourd’hui – n’est rien sans son complément politique. En général, les hommes politiques d’aujourd’hui n’ont aucune conscience du combat culturel et politique, en particulier à droite. La droite a renoncé à penser et se soumet à la doxa de la gauche depuis 1945. Il y a eu l’exception du général de Gaulle. Mais même le général de Gaulle a laissé l’Éducation nationale aux communistes et, donc, à la gauche. On voit le résultat, même si, de son temps, cela faisait illusion. Depuis, les hommes politiques de droite se soumettent à la culture de gauche et à la doxa dominante de la gauche.
Personnellement, j’ai fait le chemin inverse. Je me suis rebellé contre cette doxa et j’ai combattu cette doxa. Je suis parti de la culture.
Vous parliez du Figaro de ce matin, je vais vous parler du Figaro d’hier matin. Il y avait un grand papier de Jacques Julliard, très intéressant, qui disait que depuis la Ve République, la droite a gouverné quarante ans et la gauche vingt ans. La droite a pris le politique, mais qu’est-ce qu’il reste à la gauche ? Le domaine culturel. Il oublie une seule chose. Comme la gauche domine culturellement, quand la droite gouverne, elle gouverne sous l’autorité et sous le magistère de la gauche. Cela change tout. J’ai fait le chemin inverse de toute la classe politique française, et en particulier de droite. Je me dis que c’est indispensable, que c’est une base et que cela me donne une vision que n’ont pas les autres, mais ne faut-il pas sauter le pas de l’action politique ? L’action culturelle sans l’action politique n’est pas suffisante, comme l’action politique sans l’action culturelle. Nos hommes politiques de droite d’aujourd’hui avancent dans le noir.

G. C. : Ce qui fait la différence avec vos autres livres, c’est qu’il est optimiste et il y a de la lumière au bout du tunnel. Pensez-vous, comme certains, que nous vivons l’élection de la dernière chance avant la disparition de la France ?

Je ne veux pas faire d’emphase en disant que c’est la dernière chance, mais je le crois profondément. Je crois qu’il y a une course-poursuite entre la démographie et la politique. La démographie nous emmène, en 2050, à une France qui ressemblera à un Liban en grand. La politique, elle, peut empêcher cela. C’est aussi simple que cela. Si la politique n’empêche pas cela, et ce sera le cas si Macron est élu ou si Pécresse est élue, ils n’arrêteront pas cette vague démographique. Soit ils n’ont pas conscience des enjeux historiques et démographiques, soit ils ne le veulent pas par manque de courage. Dans les deux cas, la démographie vaincra. Si nous voulons que la démographie soit contenue, il faut une action politique résolue et révolutionnaire et il faut sortir de l’économisme. Il faut comprendre que nous sommes dans un autre temps. Je pense que la parenthèse des technocrates, des comptables et des communicants est révolue, tout simplement parce que nous ne sommes plus en temps de paix comme nous l’avons connu depuis cinquante ans.

G. C. : Précisément, vous avez évoqué un certain nombre d’hommes politiques. Votre passage sur Jean-Marie Le Pen est très court et celui sur sa fille est assez dur. Si on les avait écoutés, on n’en serait peut-être pas là aujourd’hui ?

Je pense que vous mettez un pluriel abusif. Il faut préciser. C’est Jean-Marie Le Pen tout seul, pas sa fille, qui a alerté, dans les années 1980, et il faut lui en être reconnaissant. Il a gâché cette prophétie et cette prescience tout à fait remarquables par des scories, par une façon de se comporter. Il s’est laissé enfermer dans un rôle de trublion qui a permis à la gauche de déployer son théâtre antifasciste. Je reprends l’expression de Lionel Jospin qui avait avoué, après sa carrière politique, que tout cela n’était que du théâtre antifasciste et qu’évidemment, Jean-Marie Le Pen ne représentait pas un danger fasciste. Le Pen s’est laissé faire. Lorsqu’il a compris qu’il n’arriverait jamais au pouvoir à cause de la résistance de Jacques Chirac qui ne voulait pas s’allier à lui, il a un peu jeté le bébé avec l’eau du bain. Pour le reste, il a en effet vu avant. Marine Le Pen, elle, n’a rien vu avant. Elle a hérité d’un parti et, au contraire, elle a passé son temps à marginaliser cette question de l’immigration et de la démographie dans ses prises de position politiques. Elle a, au contraire, parlé de la retraite à 60 ans, de l’euro, de l’Europe, du souverainisme, et elle a cherché une alliance avec les gens de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, etc. Donc, je distinguerai.
Retrouvez demain l’épisode 2

6 octobre 2021

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.