17 avril 1961 : la baie des Cochons, un échec qui pourrait se rejouer à Ormuz
Le 17 avril 1961, en pleine guerre froide, les États-Unis cherchent à contenir l’expansion de l’idéologie communiste qui les défie désormais à seulement quelques dizaines de kilomètres de leurs propres côtes. En effet, l’île de Cuba, passée sous le contrôle de Fidel Castro après la révolution de 1959, est devenue pour Washington à la fois un symbole insupportable et une menace stratégique potentielle. Dans ce contexte tendu, l’Oncle Sam décide de lancer une opération clandestine préparée par la CIA et visant à provoquer un soulèvement interne, un débarquement dans la baie des Cochons.
Cette tentative se solde par un échec cuisant, marquant durablement l’Histoire des États-Unis. Un tel revers trouve aujourd’hui un écho particulier dans les difficultés américaines à gérer leur confrontation avec l’Iran : si ce conflit venait à s’enliser, il pourrait entraîner des conséquences humiliantes comparables, sur le plan militaire et politique, pour Donald Trump et pour la puissance américaine elle-même.
Un ennemi aux portes des États-Unis
À la fin des années 1950, la révolution cubaine menée par Fidel Castro et Che Guevara renverse le régime de Fulgencio Batista et installe un pouvoir communiste qui se rapproche naturellement de l’Union soviétique. En 1960, Cuba décide de nationaliser les entreprises américaines sur son territoire, ce qui entraîne, via une succession de surenchère de la part des deux pays, une rupture diplomatique.
Redoutant alors la formation d’une tête de pont soviétique aux portes des États-Unis, l’administration d’Eisenhower puis celle de Kennedy élaborent un plan secret : entraîner environ 1.400 exilés cubains regroupés au sein de la Brigade 2506 pour déclencher une insurrection sur Cuba et aider à l’instauration d’un nouveau régime soutenu par les États-Unis.
Cependant, plusieurs erreurs majeures sont commises. Soucieuse de préserver le secret, la CIA choisit de ne pas associer pleinement les états-majors du Pentagone, se privant ainsi d’une expérience militaire essentielle. À cela s’ajoutent une méconnaissance flagrante du terrain choisi pour le débarquement et une sous-estimation des capacités de renseignement cubaines, pourtant bien implantées jusque sur le sol américain. Malgré ces failles évidentes, la CIA persiste, convaincue que la détermination et l’effet de surprise suffiront à compenser ces lacunes.
La baie d’un désastre
Le 17 avril 1961, les forces de la Brigade 2506 débarquent dans la baie des Cochons, sur la côte sud de Cuba. Le nom de ce site isolé et encerclé de marécages prête à confusion : il ne renvoie pas à nos chers porcs domestiques mais à des poissons tropicaux locaux appelés, en espagnol, cochinos, hâtivement traduit en « cochons ».
Dès les premières heures du débarquement, l’opération est fortement compromise : les frappes aériennes préalables échouent à détruire l’aviation cubaine. Prévenu, également, en avance du projet des Américains, Castro mobilise rapidement ses forces et en moins de 72 heures, grâce à ses chars et à son aviation, l’offensive tourne au désastre. Le 19 avril, les forces de débarquement sont définitivement écrasées : environ 114 combattants sont tués et plus de 1.100 autres sont capturés. Castro triomphe tandis que les États-Unis subissent une humiliation retentissante.
Une humiliation pour les États-Unis
La débâcle de la baie des Cochons constitue alors l’un des plus grands revers américains du XXe siècle. Elle renforce la position de Castro, qui joue de cette victoire sur le capitalisme américain pour légitimer son pouvoir et renforcer son alliance avec l’URSS, menant directement à la crise des missiles de 1962. John F. Kennedy assume publiquement la responsabilité de l’échec, mais au-delà de ça, l’événement provoque une crise profonde au sein même de l’Amérique. La défaite met en lumière les défaillances du renseignement et de la planification stratégique, en particulier au sein de la CIA. Son directeur ainsi que plusieurs hauts responsables sont contraints de quitter leurs fonctions dans les mois qui suivent.
Désormais, Kennedy cherchera à encadrer les opérations secrètes qui devront, à l’avenir, être mieux préparées. Par ailleurs, le secret entourant l’opération alimente longtemps un certain malaise. Ce n’est qu’à partir de 1998, avec de nouvelles déclassifications d’archives, que de nombreux documents sont rendus publics, révélant les hésitations et les erreurs d’appréciation du projet. Sur le plan international, l’image des États-Unis est gravement atteinte. L’URSS exploite largement cet échec comme victoire idéologique, démontrant que la puissance américaine peut être mise en échec même à proximité immédiate de son territoire.
Bis repetita avec l'Iran ?
Cette histoire de la baie des Cochons nous éclaire sur les risques actuels que peuvent encourir les États-Unis dans leur conflit avec l’Iran. Un échec ou un statu quo militaire aurait des conséquences concrètes et mesurables.
En effet, l’incapacité américaine à atteindre ses objectifs renforcerait l’Iran, moralement et politiquement - tel Cuba, autrefois. Sur le plan diplomatique, les États-Unis verraient leur influence affaiblie au Moyen-Orient et sur le plan intérieur. À l’approche des élections de mi-mandat, un tel revers fragiliserait directement Donald Trump, dont la diatribe perd en crédibilité chaque jour, et sa politique. Baie des Cochons ou détroit d’Ormuz, c’est à travers ces crises que se jouent la réputation et la politique des États-Unis.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































2 commentaires
Précisons que, bien qu’aidé par le Che pour sa science de la prise du pouvoir, Fidel était à la base un homme de droite. Il mettra d’ailleurs deux ans avant d’admettre son revirement, cédant aux sirènes soviétiques promettant de lui acheter la canne à sucre deux fois le cours mondial.
Il existe une différence de taille entre l’opération de Cuba et celle d’aujourd’hui. Cuba menaçait les intérêts américains alors qu’on se demande bien en quoi l’Iran pourrait en faire de même.
Il est de plus en plus évident que Trump est soumis à Netanyahou qui ridiculise l’hyper puissance américaine.