Loi liberticide ou outil contre l’antisémitisme ? La loi Yadan perturbe la droite

L'essayiste Mathieu Bock-Côté déplore un « réflexe policier et liberticide qui relève de l’esprit de censure ».
Rima Hassan, eurodéputée LFI. Capture d'écran YT LFI
Rima Hassan, eurodéputée LFI. Capture d'écran YT LFI

En raison de l’obstruction acharnée de l’extrême gauche, l’examen de la loi Yadan prévu en cette fin de semaine n’aura pas lieu. Les députés de La France insoumise ont pratiqué, avec tout le zèle dont ils sont capables, le barrage parlementaire, ce jeudi 16 avril. L’objectif ? Faire traîner l’examen du texte sur l’allongement de la rétention des étrangers jugés dangereux pour retarder le début de la loi Yadan. Au milieu de l’après-midi, le texte de la députée Caroline Yadan (EPR) a été retiré. « Nous avons demandé et obtenu du gouvernement qu’il contourne l’obstruction de LFI, se félicite, dans un communiqué, le groupe que préside Gabriel Attal. Concrètement, le gouvernement s’est engagé au dépôt d’un projet de loi reprenant l’intégralité des dispositions de la proposition de loi Yadan. » Un texte qui devrait être présenté la semaine du 22 juin et dont l’examen débuterait au Sénat.

La France insoumise s’est empressée de crier« victoire ». Car sa mobilisation n’a pas faibli contre le très polémique texte de loi. La pétition contre celui-ci ayant obtenu 700.000 signatures est un exemple. Symbole de la journée : la mise en scène du maire de La Courneuve, digne des heures glorieuses de la propagande soviétique, dressant le drapeau palestinien sur la façade de l’hôtel de ville. Car pour la formation mélenchoniste qui n’a de cesse de dénoncer « un génocide à Gaza » et la politique colonialiste d’Israël - un discours électoralement lucratif -, le texte de Caroline Yadan doit subir l’autodafé.

Dans sa proposition de loi, la parlementaire, dont la circonscription des Français de l’étranger inclut Israël, défend un texte qui vise à lutter contre toutes les « formes renouvelées de l’antisémitisme » nourries, notamment, par une « haine obsessionnelle à l’égard d’Israël ». Parmi les principales mesures : l’élargissement du champ du délit de provocation, « même implicite », et d’apologie du terrorisme et la sanction de ceux qui auront « appelé publiquement, en méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la charte des Nations unies, à la destruction d’un État reconnu par la République française », développement du délit de contestation des crimes contre l’humanité, dont la Shoah, dès lors qu’il consiste en « une négation, une minoration ou une banalisation outrancière ».

Un texte qui relève de « la censure »

Au Rassemblement national, la gêne est palpable. Le parti de Marine Le Pen clame haut et fort que, notamment chez La France insoumise, l’antisionisme est le nouveau visage de l’antisémitisme. « Les opinions antisémites s’expriment désormais de manière codée ,souligne un député RN, auprès de BV. Aujourd’hui, on remplace le mot "juif" par "sioniste", comme le fait si bien Rima Hassan. » Mais la question de la restriction de la liberté d’expression en chatouille plus d’un. « Toutes les entorses à la loi originelle de 1881 ont été historiquement obtenues par la gauche au détriment de la droite et instrumentalisée pour faire la chasse aux opposants », souligne le parlementaire, peu enthousiaste. Il rejoint la longue cohorte des sceptiques. « Dans une société libérale, il devrait y avoir deux interdits, seulement, en matière de liberté d’expression : la diffamation et l’appel à la violence, estime Mathieu Bock-Côté. Les opinions même les plus détestables ne doivent pas être proscrites, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne doivent pas être combattues. » Contacté par BV, l’essayiste ne décolère pas contre un texte dont il dénonce le « réflexe policier et liberticide qui relève de l’esprit de censure ». Éric Zemmour parle d'une loi qui « ajouterait une pierre de plus à l'étouffement du débat démocratique ».

Le RN entre deux eaux

Au RN flotte une forme de flou. Ce jeudi 16 avril, Laurent Jacobelli, porte-parole du mouvement, a indiqué, sur France Info, que la formation patriote voterait « très probablement » en faveur du texte macroniste, indiquant qu’il y a « urgence à voter un texte sur l’antisémitisme en France ». Sur les mêmes ondes, Julien Odoul, député RN de l’Yonne, tout en dénonçant LFI qui « a fait de la haine des Juifs un carburant »,a évoqué un texte « très mal construit qui n’atteindra pas sa philosophie ». Si Marine Le Pen s’est exprimée, lors de la réunion de groupe du mardi, en faveur du texte, l’hésitation reste palpable, Laurent Jacobelli affirmant vouloir attendre le texte final pour exprimer une décision de vote définitive.

« Le RN croit envoyer un signal d’adhésion à la morale publique antiraciste en votant cette loi, il croit laver son passé et faire oublier, une fois pour toutes, les fameux dérapages qui ont marqué son histoire, juge, quant à lui, Mathieu Bock-Côté. Mais cela ne fonctionnera pas, il sera toujours accusé de racisme, d’antisémitisme, d’islamophobie et de tout ce qu’on voudra, car le régime a décidé d’y voir l’ennemi intérieur, qu’il faut mater une fois pour toutes. À terme, le RN ne sera pas plus respectabilisé et le dispositif répressif hostile à la liberté d’expression sera renforcé et radicalisé. » Julien Odoul a néanmoins précisé ce qui, fondamentalement, importait en matière de lutte contre l’antisémitisme. « On ne lutte pas contre l’antisémitisme si on continue les politiques migratoires, si on refuse de lutter contre l’islamisme […] et si on fait élire des députés antisémites. » Une logique relativement étrangère à Gabriel Attal, en effet.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Lire a ce propos l’éditorial d’Éric Zemmour.
    Qui considère ce projet liberticide , tout comme la loi Gayssot et Tubira .
    Le figaro rappelle a juste titre que cette dame Caroline Yadan
    A commencé jeune militante a sos racisme et a la licra , des officines de gauche .

  2. C’est de toute évidence une loi aux intentions impures. Parce que l’antisémitisme n’a pas besoin d’une nouvelle loi : il suffit d’appliquer celle qu’on a. Mais la France aime empiler les lois. Ensuite parce qu’il s’agit d’une judiciarisation de toute critique politique d’Israël, ainsi que du sionisme. On reproche d’utiliser l’antisionisme comme antisémitisme : la faute à qui, sinon au gouvernement israélien qui continue de véhiculer cette théorie politico-religieuse du 19e siècle, qui équivaut à instaurer un véritable apartheid en Israël. Il y a une opposition en Israël qui demande l’arrêt de cette aspiration : parce qu’elle est contraire à Israël comme seul état, puisqu’il refuse la solution à deux états ; il ne saurait y avoir une ségrégation religieuse sociale comme il existait une ségrégation raciale en Afrique du Sud dans les années 1950. C’est à la politique israélienne de se clarifier ; pas à la France. La loi Yadan est liberticide et n’a pas à être votée. Point besoin d’être LFI pour s’en apercevoir.

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