[LIVRE] « Mener une contre-offensive sémantique en faveur de la langue française »

Un outil pour structurer une pensée clairvoyante et identifier les glissements de sens dans le débat public.
Christian de Certaines

Christian de Certaines est officier général en deuxième section ayant essentiellement servi dans l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT). Il publie son premier ouvrage Du barbarisme à la barbarie – Aide-mémoire sur le sens de certains mots et leur usage, aux Éditions Godefroy de Bouillon. Un lexique indispensable, présenté sous forme de fiches thématiques, destiné à restaurer le sens véridique de certains termes et d’en dénoncer la subversion commise par la pensée progressiste.

 

Sabine de Villeroché. Pourquoi s'intéresser à la question du langage ? Qu’est-ce qui a décidé un militaire de carrière à se pencher sur ce sujet ?

Christian de Certaines. Si l’on doit trouver un lien entre ma carrière militaire et la question du sens des mots, il réside très certainement dans le service de la France que je désire poursuivre au travers de cette modeste « défense et illustration » du sens véridique des mots, des pensées qu’ils expriment et des réalités qu’ils recouvrent.

La langue française, à l’aune de l’identité nationale, est grandement menacée par la subversion du langage. « Écartons les faits », disait Rousseau ; écartons la réalité et travestissons donc le sens des mots qui décrivent cette réalité.

Avec ce livre, il s’agit bien de mener une contre-offensive sémantique en faveur de la langue française.

 

S. d. V. En quoi le mauvais usage des mots (« barbarisme ») peut entraîner à la barbarie ?

C. d. C. Rappelons d’abord que le langage est le fondement de la pensée, puisque celle-ci est conçue, élaborée et exprimée par les mots. D’une certaine manière, on pourrait presque dire que le mot EST la pensée. Louis de Bonald (homme politique et académicien, mort en 1820) affirmait justement : « L’homme pense sa parole avant de parler sa pensée. » Et, donc, trouver le mot juste, c’est déjà savoir penser. En revanche, l’expression impropre manifeste une pensée fausse ou floue. Un mauvais usage des mots ou une falsification de leur sens nous éloigne de la réalité des choses et donc de la vérité.

Pour faire basculer la société dans la barbarie, les ennemis de la civilisation pervertissent le sens des mots et élaborent un langage conformiste (« politiquement correct ») afin d’imposer dans tous les milieux leurs idéologies dominantes.

On pourrait illustrer ce passage « du barbarisme à la barbarie » par l’exemple du mot « dignité », qui désigne la valeur intrinsèque de la personne et le respect qu’elle mérite. Aujourd’hui, les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté considèrent la dignité comme étant « la capacité d’autonomie et de libre arbitre face aux aléas de la vie », soit la dénaturation complète de ce mot. Au moment où l’on prône une loi pour faire mourir des personnes dépendantes ou déficientes au motif qu’elles perdraient leur dignité (selon le sens dévié du mot) si elles continuaient à vivre, on s’aperçoit qu’il est très facile de glisser du barbarisme à la barbarie.

 

S. d. V. Le langage a toujours évolué, au fil des siècles. Des mots ont disparu de la langue française, remplacés par d’autres. Qu’est-ce qui rend précisément notre évolution contemporaine des mots différente des autres ?

C. d. C. Ce ne sont pas tant la disparition et l’apparition des mots qui constituent le changement d’une langue, sinon l’évolution de leur compréhension et de leur usage. Cette évolution est historiquement lente et progressive, car elle suit le rythme de son usage social, miroir des mentalités. Mais à notre époque, ces dernières évoluent à très grande vitesse. Par ailleurs, l’emploi de la langue est réglé par l’Académie française depuis le XVIIe siècle. Malheureusement, son autorité morale est de moins en moins admise et son action suit à grands pas l’évolution des mœurs, tendant ainsi à banaliser des modes de pensée et de comportement amoraux.

À titre d’exemple, on pourrait citer la notion d’acte criminel contenue dans l’avortement volontaire qui a disparu des dictionnaires dans les années 1950 pour laisser la place à celle d’interruption provoquée de la grossesse.

Les cas de telle transformation du sens des mots apparaissent à foison : morale, éthique, tolérance, vertu, vérité, politique, liberté, famille, droit, devoir, etc. On aboutit ainsi à l’usage d’une sorte de novlangue qui impose une pensée conforme et appauvrie par le travestissement de la vérité.

Les politiques, les médias, les instances d’enseignement et de culture participent amplement de ce mouvement de falsification où l’on voit que la vérité d’un jour devient l’erreur du lendemain. C’est ainsi que des promesses de campagne peuvent devenir des mensonges et que de véritables informations peuvent se transformer en fausses nouvelles…

 

S. d. V. Dans votre ouvrage, vous collectez soigneusement des citations de personnalités publiques en référence aux mots choisis. Quel est votre objectif ?

C. d. C. En effet, pour compléter les diverses définitions et analyses de ces mots, je fais intervenir quelque trois cents personnages en les citant et en les répertoriant. Par leurs dires ou leurs écrits, ils permettent de cerner le sens véridique et profond des termes abordés ainsi que les contresens qui peuvent en être faits. Environ 1.200 citations sont produites, dont plus de 120 tirées des Écritures saintes, qui visent à rapprocher le lecteur des réalités de la vie et donc de la vérité, ce qui est le but principal de ce livre.

 

S. d. V. Qu’espérez-vous que le lecteur retienne pour l’essentiel de votre ouvrage ?

C. d. V. Je souhaite que le lecteur puisse se référer à ce livre comme à un guide de culture par les mots, permettant d’utiliser ceux-ci avec justesse tout en se protégeant des agressions verbales et écrites des faussaires du langage et de la pensée.

Notre intelligence est faite pour découvrir la vérité. Il nous faut savoir tirer profit des enseignements dispensés par le sens profond des mots en vue de lutter contre la pollution des esprits, en particulier celle propagée par l’image et l’immédiateté de la communication.

Cet ouvrage s’adresse ainsi à un lectorat en quête d’outils pour structurer une pensée clairvoyante et identifier les glissements de sens dans le débat public.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

24 commentaires

    • Il y a des renversements de valeurs c’est sur le mot « COURAGE » utilisé à tout bout de champs, à aucun moment il y aurait du courage pour une décision ou l’on ne risque pas sa vie, j’en ai assez d’entendre que untel parce qu’il s’oppose à un propos ou qu’il prend des décisions, notamment en politique, risquerait sa vie, cela peu être un signe d’autorité ou de conviction mais sûrement pas de courage.

  1. Ce qui est décrit n’est pas la pire choses. Le français,autrefois parlé dans toutes les cours d’Europe, le français, langue de la diplomatie est peu à peu remplacé par l’anglais. Il en découle que l’anglais est la première langue étrangère que tous les jeunes veulent apprendre en priorité, surtout que cette langue est liée aux nouvelles technologies. Personnellement, ce qui me dérange grandement, c’est que les journalistes, ceux qui écrivent, comme ceux qui parlent à la radio ou la TV, emploient de plus en plus de termes anglais, je ne trouve pas cela normal. Faudra-t-il créer une loi pour les obliger à s’exprimer en français ?

    • J’approuve tout à fait votre conclusion ! l’impérialisme de la langue anglo-américaine me
      dérange beaucoup. C’est la conséquence d’une erreur historique volontaire, à mon avis, celle
      qui a voulu refuser l’adoption, il y a un siècle, d’une langue commune internationale, comme
      l’Esperanto, qui n’était pas destinée à remplacer les langues nationales comme ont voulu le faire
      croire ses adversaires, mais à devenir une langue pratique de communication uniquement
      destinée aux voyages et aux échanges commerciaux… Mais cette perspective a effrayé les maîtres
      du Monde qui se sont dit : si les peuples se parlent et se comprennent, il sera problèmatique de
      déclencher des guerres pour venir à bout de nos ambitions ! C’est la triste vérité.

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