C'est un truisme. L’Europe — tout le monde le voit, sauf les aveugles et les idiots — est devenue une sorte de colonie des États-Unis, où les hamburgers-Coca, le show-biz, le rap, le jargon angloïde, le voyage obligatoire à New York des journalistes made in Sciences Po, des hommes d’affaires macrono-genrés, des intellectuels et écrivains du microcosme parisien bien-pensant, de leurs homologues des pays voisins et, le fin du fin, les études à Harvard ont remplacé les valeurs et les traditions du Vieux Continent, désormais ringard et désuet, face à la gigantesque modernité du pays colonisateur et de ses tours de Babel lancées vers le ciel…

Dans ce climat de fascination semblable à celui de M. Jourdain pour les gens de qualité, il n’est donc pas étonnant de voir se développer en Europe avec, comme toujours quelques années de décalage, la nouvelle américanerie à la mode, la cancel culture, qu’il conviendrait d’appeler plutôt cancel censure. Car cette pseudo-pensée très tendance, venue des États-Unis et qu’on pourrait traduire par culture de l’annulation, repose sur un principe simple : il faut libérer en interdisant la liberté d’expression, il faut annuler, effacer tout ce qui heurte les trois fondements des obsessions majeures du politiquement correct : la race, le et le genre. Et, par-delà, il faut stopper l’insupportable domination que l’homme blanc hétérosexuel, nouveau Satanas d’intégristes fous devenus encore plus fous, fait peser sur le monde depuis la nuit des temps. Donc effaçons, annulons, bannissons, ostracisons, humilions, boycottons le moindre petit bout d’évocation, la moindre pichenette dite discriminatoire car raciste ou sexiste, urbi et orbi, ici, maintenant, autrefois et jadis et depuis le commencement du monde jusqu’à sa fin prochaine pour cause d’imbécillité sociétale !

Détruisons l’homme blanc simple, hétérosexuel banal, pour mieux égaliser le monde, un monde où la race et le seront l’unique objet d’amour et de ressentiment, et mettons désormais sur un piédestal l’homme-femme, le trans-noir-express, le capitaine des pompiers homosexuel, le philosophe intersectionnel, la poupée russe asexuée, le frappadingue à tiroirs, le sinophobe repenti et la bécasse trigenrée de Birmanie.

Dernière victime en date de cette furie furieuse : alors qu’on apprenait le début de la mutation de la villa Médicis, lieu culturel français trop blanc à Rome, l'Anglais Terry Gilliam (photo), le réalisateur des Monty Python, connu notamment pour son film Sacré Graal, avec ses preneurs de foie et son Mr. Créosote, immense tas de chair ambulant symbolisant l’horreur des sociétés de consommation, se voyait censuré, exclu du théâtre où il devait présenter une comédie musicale. Motif : des propos récemment tenus par lui dans les médias, propos inadmissibles car non conformes aux canons de la cancel censure !

Comme dans Ubu roi d’Alfred Jarry, on a ouvert la trappe et sorti le crochet. N’oublions pas que le sens premier du verbe cancel est « annuler un document, un écrit par des ratures en forme de croix ou par des lacérations ».

On va finir par regretter l’Inquisition !

3561 vues

5 novembre 2021

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

Les commentaires sont fermés.