Editoriaux - 24 octobre 2018

États généraux de la sécurité locale : la grande cacophonie !

Les conclusions des États généraux de la sécurité locale qui se sont tenus le 18 octobre dernier attestent, si besoin en était, de l’incroyable cacophonie qui règne toujours entre les différents acteurs de la sécurité dans notre pays.

Force est, en effet, de constater qu’entre rapports contradictoires, pourtant souvent élaborés par des parlementaires de la même majorité – LREM en l’occurrence -, et loupés méthodologiques, tout est fait pour qu’aucune mesure concrète ne soit mise en œuvre et que chacun des protagonistes, élus locaux et État, continue de tirer la couverture à soi pour savoir qui sera “le chef”.

Ce résultat, après des décennies de discussions, de tergiversations, de compromis bancals et de centaines de millions d’euros dépensés en pure perte, est tout simplement pitoyable. Il atteste surtout de ce que ceux qui ont gouverné localement ou au plus haut niveau de l’État pendant toute cette période n’ont jamais été en mesure de poser clairement les termes du problème. Ce préalable indispensable, qui repose sur la simple question de savoir quel modèle sécuritaire nous voulons pour notre pays – et pour répondre à quels enjeux -, n’a ainsi jamais été défini.

Une nouvelle chance s’est pourtant offerte lorsqu’a été posée la question du “continuum” de sécurité. Et le rapport Fauvergue-Thourot propose, à cet égard, quelques pistes intéressantes. Mais il faut aller beaucoup plus loin et ne pas réduire cette problématique à des questions secondaires du genre : faut-il armer les policiers municipaux, les maires doivent-ils avoir accès au fichier relatif à la radicalisation, ou encore qui pourra ou ne pourra pas avoir accès aux fichiers de police ?

Ces questions, auxquelles, certes, il convient d’apporter des réponses, ne sont aucunement stratégiques dès lors qu’il s’agit de savoir comment nous devons nous organiser en France pour lutter contre le terrorisme, le grand banditisme, la délinquance de masse et le développement des réseaux mafieux dans nos quartiers. Et cela est plus urgent que jamais.

Ainsi, de la même façon qu’il appartient à l’État de conduire la politique pénale en France, c’est à l’État qu’il revient de définir la politique générale de sécurité pour l’ensemble du pays. Cette démarche consiste à déterminer les grands axes qu’il convient de suivre, afin de répondre à des objectifs opérationnels concrets. C’est également à l’État de définir l’ensemble des moyens humains et matériels indispensables pour la réalisation de ces objectifs. Cette primauté stratégique de l’État ne signifie nullement que les acteurs locaux n’ont pas un rôle important et décisif à jouer. C’est ainsi que, de la même manière qu’un procureur de la République décline sur son ressort, dans un cadre général retenu au niveau national, ses priorités pénales, un maire doit pouvoir adopter sur sa commune – voire au niveau d’une intercommunalité si un accord existe et la nécessité s’en fait sentir – un partenariat local de sécurité adapté à ses problématiques sécuritaires spécifiques.

Pour cela, il doit pouvoir s’entourer des personnes ressources nécessaires, dont celles qui représentent l’État, afin d’affiner au plus juste sa politique. Et inutile de multiplier les instances de concertation, qui n’apportent le plus souvent aucune réponse concrète, pour rester dans des débats fumeux. Loin des rivalités de personnes ou de pouvoir, une solution adaptée aux enjeux sécuritaires que connaît notre pays passe donc par une étroite coopération entre l’État et les acteurs locaux. Mais encore faut-il être capable de faire preuve de cohérence et, sans doute, d’abnégation. Mais on sait que ce ne sont pas les qualités premières de nos élus.

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