Editoriaux - Politique - Réflexions - 6 février 2020

Et si la droite française s’inspirait de Boris Johnson ?

Ce cri-là, « La droite est morte, vive la droite ! », le nouveau Premier ministre anglais pourrait le lancer matin, midi et soir. Alors qu’ici, en France, la droite décomplexée n’est encore qu’un vœu pieux, Boris Johnson, lui, y va de bon cœur. Et ça décoiffe !

On nous pardonnera cette allusion facile à sa bizarrerie capillaire. Il n’hésite pas une seconde à pirater sur les territoires accaparés depuis des lustres par la gauche. Le voici qui gouverne à front renversé, pourrait-on dire. Il entreprend et fait ce que la gauche promettait sans cesse de faire, sans jamais vraiment aller au bout ; comme ici, d’ailleurs. Il augmente les salaires des plus faibles, exige plus d’État, plus de protection sociale, nationalise les trains qui n’arrivent pas à l’heure, s’emploie à faire en sorte que restent en prison ceux qui y sont et qui n’ont rien à faire dehors, sinon égorger le passant. Et ce ne serait, paraît-il, que le début de ce qu’il entend mettre en œuvre.

Mais qu’attend, ici, la droite pour s’en inspirer ? Qu’attend-elle pour se mettre, elle aussi, à faire de la politique à front renversé ? Qu’attend-elle pour aller reprendre à la gauche la défense de valeurs que cette gauche lui a, en vérité, dérobées pour n’en faire le plus souvent que du baratin de propagande ? À commencer par la générosité sociale bien comprise et l’engagement pour la préservation de ce qui est la base patrimoniale primordiale de ce que nous sommes et de ce que seront nos enfants : notre environnement naturel et culturel.

Ces valeurs-là, pour ne citer que celles-ci, sont fondamentalement, historiquement, spirituellement de droite. Mais ses tenants les ont désertées. Erreur. Erreur qui est la conséquence d’une autre, déterminante, pathétique. La droite a voulu croire que, parce qu’il s’affirmait comme l’antithèse du communisme, le capitalisme était son allié naturel. Là était le piège. Elle s’y est précipitée. Elle y a perdu son latin et son âme. Le capitalisme aboutit à terme, de contradiction en contradiction – comme Marx l’a si bien montré -, à l’impérialisme, tel celui que que nous subissons aujourd’hui, l’impérialisme de la financiarisation apatride, mondialisée, fossoyeuse des identités et des cultures.

Nous en sommes là. La droite a le choix : poursuivre benoîtement sa lente agonie ou entreprendre la salvatrice révolution du front renversé. Le pragmatisme – un soupçon machiavélien, il est vrai – de M. Johnson ne lui montrerait-il pas le chemin ?

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