Editoriaux - International - 16 juillet 2019

Et si Emmanuel Macron renouait avec la traditionnelle politique étrangère de la France ?

Emmanuel Macron a souvent été étrillé en ces colonnes. L’occasion, pour nous – une fois n’est pas coutume -, d’en dire quelque bien. Ainsi notre Président tente-t-il, aujourd’hui, de jouer les médiateurs entre Russie et USA à propos de l’Iran, pour les affaires nucléaires qu’on devine ; ce qui n’est pas mal joué.

En visite officielle à Belgrade, s’adressant au peuple serbe en langue vernaculaire, il tente de renouer avec la traditionnelle diplomatie française. Ce déplacement est le premier du genre depuis celui de Jacques Chirac, en 2001. Il est vrai que ce dernier président, peut-être dernier des « Présidents français », a discrètement reconnu s’être fait « couillonner » à l’occasion de la première guerre du Golfe, en 1990, avant de se faire à nouveau entraîner en une autre équipée, tout aussi hasardeuse, en 1998, laissant les avions de l’OTAN bombarder la Serbie. Depuis 1945, c’est la première fois qu’une coalition chrétienne bombarde un pays « réellement » chrétien au profit de l’intrusion, en terre kosovare, berceau historique de la Serbie, d’un système islamo-mafieux, avec la très virile bénédiction de nos « amis » américains.

La preuve en est qu’en 2003, le même Jacques Chirac renoue avec ce gaullisme dont il se prétendait, à l’étonnement de tous, l’héritier en s’opposant, même en vain, à cette énième guerre humaniste ayant quasiment renvoyé l’Irak à l’âge de pierre.

Après, il y a la sinistre parenthèse hollando-sarkozyste. Ce qui demeure de fibre « gaullo-mitterrandienne », pour reprendre le vocable du Quai d’Orsay, est purgé de sévère manière. Hubert Védrine, notre dernier grand ministre des Affaires étrangères, cité par Marianne du 12 juillet dernier, affirme : « Depuis Nicolas Sarkozy, qui a revendiqué une rupture avec l’héritage de Chirac et du gaullisme, tout un groupe s’est senti pousser des ailes au Quai d’Orsay » ; des « néoconservateurs », pour ne pas les nommer, inféodés à leurs puissants sponsors états-uniens. Sans aller jusqu’à prétendre qu’Emmanuel Macron ait pu faire du ménage, au moins a-t-il légèrement rééquilibré notre géopolitique.

Après, la France est-elle en passe de retrouver son rang de naguère ? Rien n’est moins sûr. Interrogé par Le Point, Ren Zhengfei, fondateur de Huawei, le groupe de téléphonie qu’on sait, prêt à faire débarquer la 5G sur tous les téléphones de la planète, nous dit : « Si l’on regarde l’histoire de la Chine, longue de plusieurs milliers d’années, on voit qu’elle n’a jamais été un pays expansionniste. »

Voilà qui n’est pas faux, même si l’empire du Milieu, autrefois première puissance économique mondiale, tente depuis de recouvrer son rang, on admettra qu’au contraire de son actuel rival américain, il ne s’agit pas d’une nation d’ordre messianique, ce que l’interrogé se fait un plaisir de souligner : « Nous n’avons pas exporté nos idéologies. » Il est vrai que la « Gay Pride » et autres « théories du genre » ne sont pas exportées de Pékin…

Tout cela, Emmanuel Macron semble l’avoir globalement saisi, puisque tentant de renouer avec l’ancestrale vocation de la France : être un pivot entre les grands ensembles nationaux. François Ier l’avait bien compris, lorsque débordant le Saint-Empire germanique en pactisant avec Soliman le Magnifique, tout en passant par-dessus la puissante Angleterre, exportant, de fait, la France au Canada, au-delà du vaste océan Atlantique. Napoléon III, qui propose en vain à l’émir Abd el-Kader la couronne d’un possible Royaume français d’Orient, visualise un projet similaire.

Le général de Gaulle fait de même en se plaçant en pivot entres blocs de l’Ouest et de l’Est, sachant bien que la France ne peut retrouver son rang qu’en se plaçant en « troisième force ». Ce bréviaire de notre traditionnelle politique vis-à-vis du vaste monde, Emmanuel Macron tente de le reproduire aujourd’hui. De manière maladroite, sûrement ; mais avec de bonnes intentions, peut-être.

Cela semble avoir fonctionné en Serbie – la voix de la France demeure, malgré nos innombrables turpitudes, encore entendue. Et demain, en Iran ? Pourquoi pas. Au moins Emmanuel Macron essaye-t-il.

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