Editoriaux - Société - 31 décembre 2019

Et du coup, pour les horreurs des rappeurs, on fait quoi ?

Ainsi donc, telle la Belle au bois dormant se réveillant d’un long sommeil, la France semble découvrir les turpitudes d’un de ses vieux écrivains – qui, loin de s’en cacher, pourtant, s’en vantait – et, par là même, la perversion de toute une époque, celle des années 70, qui s’est employée, de façon assez logique, à mettre en pratique ce que Mai 68 avait théorisé. Comme aucune voix – aucune voix qui compte, s’entend, celle des cathos, fachos, réacs crie toujours dans le désert – ne l’avait jusqu’à présent dénoncé, c’est un peu comme si tout le monde était coupable, et donc personne ne pouvait être tenu pour responsable. On évoque « un climat ». Que peut-on contre la météo ? Un réchauffement climatique des mœurs, en somme. C’est bien commode, et permet de disserter sans danger.

Tout cela n’est pourtant pas un scoop. « Libération a-t-il soutenu la pédophilie en 1974 ? » s’interrogeait déjà, avec embarras, CheckNews, en septembre 2017, dans un article qui a laissé, à ce moment-là, tout le monde indifférent : « Si on doit répondre par oui ou par non à cette question, il faut répondre oui. » Passé le regret de se trouver dans l’obligation de trancher (quel dommage que le « noui » n’existe pas dans la langue française !), l’aveu est sans équivoque. Soyons cohérents : puisque Franck Riester envisage de priver Matzneff de ses aides financières, il serait logique de reconsidérer les juteuses subventions dont Libération bénéficie, non ?

, lui, s’il avait le choix, rejouerait plutôt Cendrillon, quand le fringant cocher à perruque poudrée et souliers de satin qui emporte dans son carrosse l’innocente et jolie petite princesse se transforme soudain, aux douze coups de minuit, en petite souris : s’il pouvait se cacher dans un trou ou sous un tabouret de LCI, le temps que la tempête passe… On notera que si les Sleeping Giants appellent au boycott de CNews pour la présence de Zemmour, celle de Dany le rouge (au front) sur LCI ne leur pose aucun problème : à chacun ses valeurs. Il est vrai que nos justiciers masqués prétendent lutter contre la haine, et que tous ces vieux messieurs invoquent, dans leur défense, « l’amour », rien que « l’amour »…

Tout le monde semble convenir qu’il est tout de même bien dommage d’avoir attendu quarante ans pour réagir. Si on en tirait des leçons pour l’avenir ? Errare humanum est, perserverare diabolicum…

Personne ne l’a donc remarqué ? Il est d’autres « artistes », et pas des artistes antédiluviens datant de l’âge de pierre et des pantalons luisants façon ABBA, des artistes contemporains, sévissant en toute impunité aujourd’hui, qui dans leurs « œuvres » avilissent les (toutes jeunes) filles, appellent à les mépriser, les frapper, les violenter, et les violer : « Faites monter les mineurs, j’suis pire qu’R. Kelly : 1 pour le sexe 2 pour la Money », chante ainsi le romantique , dit la Fouine (rappeur franco-marocain originaire de Trappes, élu meilleur artiste français au MTV Europe Music Awards, en 2011, meilleur artiste masculin au Trace Urban Music Awards, en 2013, et comptant à son actif un million d’albums vendus), dans « Sexe and Money ». Pour les néophytes, Robert Sylvester Kelly est un chanteur américain de R’n’B arrêté et inculpé pour séquestration et viol – parfois filmé – de mineures.

Alors, on fait quoi ? On continue de s’extasier devant les rappeurs en appelant figures de style ou « métagores » leurs horreurs, et « art » les punchlines ordurières et obscènes de ces lascars, ou bien l’on décide qu’il ne suffit pas d’avoir cessé d’être aveugle, encore faut-il ne pas rester borgne…

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