C’est la nouvelle polémique qui agite le microcosme médiatique. Motif du scandale ? Naulleau était dans le carré des invités d’honneur du meeting d’un autre Éric, à Villepinte, ce dimanche dernier. Mon Dieu, quelle aventure… Et quelle compagnie, surtout ! Christine Boutin, fille spirituelle de Gérard Larcher et mentor de Jean-Frédéric Poisson, mais aussi l’improbable Joachim Son-Forget, ancien membre du PS, ensuite devenu député macroniste, sans oublier Lorrain de Saint Affrique, actuel factotum de Jean-Marie Le Pen. Bref, rien que du beau linge.

Et c’est dès le lundi 6 décembre que la machine à broyer se réveille, dans « Touche pas à mon poste ! », émission présentée par Cyril Hanouna, nouveau prescripteur de tendances républicaines ; avoir cosigné un livre avec le journaliste Christophe Barbier, voilà qui pose son homme. Là, David Guiraud, porte-parole de La France insoumise, se lâche : « Il faut arrêter de se prétendre de gauche quand on ne sait jamais quelle est la mesure de gauche que vous ayez toujours défendue. »

Mais de quelle gauche parlons-nous ? Et de quelle droite, soit dit en passant ? Éric Naulleau se dit donc de gauche. Mais au moins tout autant qu’un Andréa Kotarac ou un Georges Kuzmanovic, tous deux anciens cadres du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, l’un parti rejoindre le Rassemblement national et l’autre fonder un parti patriote de gauche, République souveraine. On pourrait d’ailleurs se poser les mêmes questions à propos d’Éric Zemmour. Est-il vraiment de droite ? Et ne demeurerait-il pas un peu de gauche ?

En janvier 2015, interrogé par Alain de Benoist, dans les colonnes de la revue Éléments, ce philosophe bien connu de nos lecteurs, interrogeait Éric Zemmour en ces termes : «À l’hiver 2004, nous avions osé cette injonction : “Délivrons Marx du marxisme”. Vous qui avez récemment déclaré être “de plus en plus de gauche”, en diriez-vous autant ? » Ce à quoi le journaliste désormais candidat à l’élection présidentielle répondait : « Marx a fait une analyse brillantissime et prophétique du capitalisme, qui se mondialise et qui détruit toutes les structures traditionnelles en se déployant. Il n’y a rien à enlever. Comme tous les lettrés de cette époque, Marx avait de surcroît le sens du style et de la formule quand il dénonçait “les eaux glacées du calcul égoïste”. »

Alors, Éric Zemmour, de gauche ? Pas plus qu’Éric Naulleau ne serait de droite, sachant que les actuels jugements à courte vue et emporte-pièce font fi d’une réalité tout humaine : l’amitié. En effet, quand Naulleau se trouve en bonne place au meeting de Zemmour, cela peut aussi seulement signifier qu’il vient défendre un vieux copain, sans forcément partager ses idées.

Dans le même registre, quand Alain de Benoist publie ses mémoires, ces derniers sont dédiés à l’abbé Guillaume de Tanouärn. Faut-il en conclure que la figure emblématique du GRECE vient de renouer avec le catholicisme de son enfance, ou que ce bon père en soutane se serait au passage converti à la philosophie païenne ? Non, une fois de plus. Ce sont juste deux amis se signifiant estime et affection réciproque. Il est vrai que toutes ces nuances sont parfois délicates à appréhender pour des autorités morales estimant que la vie ne saurait être autrement compréhensible que par une frontière séparant le vrai du faux, le mal et le bien.

Mais c’est encore le principal incriminé, Éric Naulleau, qui se défend le mieux, face au David Guiraud plus haut évoqué : « Il n’y a encore personne qui ait autant porté la contradiction à Zemmour. Notre émission “Zemmour et Naulleau” était même basée sur l’opposition entre nous deux. Ensuite, posez-vous une question : comment la gauche en est arrivée à l’état lamentable qui est le sien aujourd’hui. À cause de gens comme vous… »

Cet état de fait, il n’est pas besoin d’être de gauche, ou de droite, pour le comprendre.

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09 décembre 2021 à 18:30

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