Ça tourne au vinaigre entre François Ruffin, député LFI, et François de Rugy, ministre de la Transition écologique. On se croirait dans une cour de récréation, quand une dispute dégénère. Ils se donnent tour à tour des noms d’oiseau. Le premier qualifie le second d’« aristocratique », le second traite le premier de « fasciste ». La guerre est déclarée ! À bout d’insultes, François le soumis lance à François l’insoumis qu’il ressemble à Jean-Marie Le Pen.

Au départ, le ministre de la Transition écologique n’a pas apprécié que, dans une vidéo postée sur YouTube, François Ruffin critiquât les membres du qui se déplacent en voiture, dans cette période de canicule. C’est vrai, quoi ! Surtout que la climatisation, c’est pas bon pour la planète. Christiane Taubira se déplaçait à vélo et Arnaud Montebourg en voiture électrique. Piqué au vif, le ministre de dénoncer sur France Info la « démagogie » du député et de rappeler que les membres du gouvernement sont soumis à des règles de sécurité.

Après cette escarmouche, on en vient à un échange plus musclé, par interposés. S’ils avaient été face à face, ils en seraient peut-être venus aux mains. François Ruffin multiplie les invectives, le traite de « professionnel de la politique », de « politicaillon à la noix ». Il lui reproche son « côté aristocratique », ajoutant, en allusion à ses retournements de veste : « Une énergie alternative, ce serait chaque fois que François de Rugy retourne sa veste. Ça créerait de l’énergie. C’est mieux que les éoliennes. » C’en est trop ! Il faut que le ministre d’État trouve une réplique à la hauteur.

Alors il choisit dans son vocabulaire les insultes qu’il croit les plus cruelles. Ruffin se comporte comme un « fasciste », il « transpire la haine de l’autre » : « Les fascistes, ils se comportent comme ça. Ils discréditent les gens qui ne pensent pas comme eux au lieu de débattre, au lieu d’accepter la contradiction » (les macroniens, c’est bien connu, sont des adeptes d’un dialogue tolérant). Mais c’est encore trop doux. Il y a pire, c’est de le comparer à Jean-Marie Le Pen. Faisant référence aux vidéos que Ruffin poste chaque semaine, il assène comme un coup mortifère : « Celui qui faisait ça avant, c’était Jean-Marie Le Pen. Il faisait une petite vidéo, il se mettait en scène. »

Si Jean-Marie Le Pen a connaissance de cette attaque, il est probable qu’il sera pris d’un rire homérique. Car si d’aucuns lui reprochent quelques dérapages verbaux, il a toujours utilisé, naturellement, un langage châtié – au point qu’utiliser l’imparfait du subjonctif fut considéré comme un symptôme de fascisme – et ne chercha jamais à égaler en insultes le capitaine Haddock. Le temps est passé où on voulait le faire passer pour une incarnation du diable.

On a envie de recommander aux deux belligérants de cesser leurs enfantillages mais, s’il fallait prendre parti, on choisirait volontiers Ruffin. Car ses accusations ne sont pas dénuées de fondement. Certes, comparer notre ministre à un aristocrate est discourtois pour les vrais aristocrates, qui sont loin d’être aussi nonchalants que M. de Rugy. Mais il a bien visé en soulignant son opportunisme politique. Candidat à la primaire du en 2017, où il obtint 3,2 % des voix, n’a-t-il pas, contrairement à ses engagements, rallié sans vergogne la candidature d’Emmanuel Macron ? Ruffin est finalement indulgent, qui ne l’a pas qualifié de félon ou de Ganelon !

Il est vrai que le retournement de veste est, aujourd’hui, monnaie courante : c’est le top du top chez les politiciens !

1 juillet 2019

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