Si on avait l’esprit taquin, on dirait bien qu’il ne fait pas bon se prénommer Gérard, par les temps qui courent. Ainsi, après Depardieu, Miller, le psychanalyste télévisuel qu’on sait, est accusé de semblables turpitudes sexuelles.

Évidemment, ces deux Gérard sont présumés innocents. Mais, aux yeux de certaines féministes, ce simple rappel à la loi peut signifier que les plaignantes auraient pu, à défaut de mentir, au moins noircir la réalité. À ce titre, mettre en doute la parole des femmes équivaut à, quasiment, se faire complice de leurs agresseurs potentiels. Comme si une femme n’était pas, par nature, assez maligne ou trop nunuche pour raconter des menteries. Étrange féminisme que celui-là.

Après, il y a Gérard et Gérard. Depardieu, c’est le voyou de Châteauroux. Il a grandi sans père et vécu de rapines et est même accusé d'avoir participé, de près ou de loin, à plusieurs viols. D’ailleurs, tout était déjà dit en 1974, dans Les Valseuses de Bertrand Blier, film plus libertaire que gauchiste, qui fait autant scandale à droite qu’à gauche, la revue L’Écran n’hésitant pas à le qualifier « d’authentiquement nazi ». Comme quoi, rien n’est simple.

Ce, d’autant plus qu’il est aussi le simple clampin donnant des lectures de saint Augustin dans les églises. Bref, Gérard Depardieu n’est qu’instinct. Instincts parfois contradictoires, ce que laisse entrevoir l’ultime grand entretien accordé à ces médias qu’il méprise tant, à notre confrère François Bousquet, pour la revue Éléments. Il nous confie : « Depardieu ? Une personnalité tragique, traversée par ses propres contradictions, qui voudrait atteindre une petite sainteté tout en sachant qu’il est aussi un grand pécheur. »

Au contraire, l’autre Gérard, issu d’une dynastie de la haute bourgeoisie, serait plutôt taillé d’une pièce. Chez lui, l’intellect remplace l’instinct. On n’a pas été impunément maoïste, des années durant. Ce qui se voit dans les agressions sexuelles dont il est accusé.

Là, encore, la comparaison s’impose (si tant est que ce qu'on leur reproche est vrai, ce qui n'est pas prouvé, rappelons-le). Depardieu agresse comme un reître, les culottes n’étant, pour ses grosses pognes, que des murailles à faire tomber. Miller, lui, théorise. Fort de son statut de psychanalyste mondain, il lui faut envoûter.

À en croire les révélations de la journaliste Muriel Cousin faites à l’hebdomadaire Elle, il lui faut un cérémonial. Une salle plongée dans la pénombre, un long discours à vocation scientifique sur les bienfaits médicaux de l’hypnose. Après quelques papouilles lacaniennes, le même résultat : une relation sexuelle non consentie.

D’autres faits du même genre se seraient produits au fil des ans, deux autres plaignantes s’étant fait connaître, toujours dans ce même petit monde du show-biz, Muriel Cousin étant alors l’épouse de Stéphane Guillon, l’un des amuseurs officiels de France Inter. Puis c’est au tour du cinéaste Benoît Jacquot, autre figure de la gauche pensante, qui, interviewé par le même Gérard Miller, à l’occasion d’un documentaire qu’il réalise en 2011, détaille par le menu les relations intimes entretenues avec trois actrices alors mineures : Judith Godrèche, Virginie Ledoyen et Isild Le Besco.

Là encore, tout est théorisé. Tout comme sera théorisée la défense de Gérard Miller sur France 5, ce 10 janvier : « Aujourd’hui, je ne pourrais plus imaginer le même documentaire, parce que nous ne sommes plus dans le même aveuglement collectif, il faut bien mesurer ce qui a changé, sinon on oublie ce qui a été révolutionnaire dans #MeToo. Quand on parle de fierté de la France, c’est les femmes qui parlent. » Certes. On ne voit pas très bien ce que « la fierté de la France » vient faire dans cette affaire. En revanche, « l’aveuglement collectif », pour ce vieux maoïste à peine repenti, on voit déjà mieux.

Car c’est là qu’aussi nos deux Gérard diffèrent. Gérard Depardieu, monstre sacré du cinéma français, même si de moins en moins sacré, n’est jamais qu’un rustaud de génie. Mais présente, malgré tout, cette indéniable qualité humaine de nous avoir toujours épargné les leçons de morale. Ce qui n’est pas tout à fait le cas d’un Gérard Miller distribuant à tout un chacun bons et mauvais points, comme s’il exerçait un magistère sur une France devenue simple classe pour mauvais élèves. Bref, un pion qui se prendrait pour un professeur.

Précisons, une fois encore, que, jusqu’à preuve du contraire, ces deux hommes sont parfaitement innocents des forfaitures dont on les accuse. Ce qui n’empêche que, le jour venu, l’un des deux mériterait quelques circonstances atténuantes. On vous laisse deviner lequel.

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01 février 2024 à 17:38

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19 commentaires

  1. Oh que c’est bon de voir toute cette intelligentsia de gauche s’embourber dans la fange qu’ils dénonçaient avec vigueur, morgue et hypocrisie.
    Pour être un donneur de leçons il faut être irréprochable. Combien de ceux qui se permettaient de donner des bons et mauvais points se sont fait rattraper par la patrouille?

  2. On peut croire que Miller est sûrement ou peut-être innocent (comme Darmanin) mais là n’est pas la question. Voir un donneur de leçons comme lui se retrouver dans la position de l’arroseur arrosé, c’est rigolo. Qu’en pense Sardine Ruisseau ?

  3. Ce Miller m’est toujours apparu comme insupportable de prétention et dégoulinant d’un moralisme de comptoir. Gérard Depardieu, au-moins, est un bon acteur ou le fut.

  4. A titre personnel, je ne mets pas un trait d’égalité entre les deux Gérard…le second, le « grand professeur Miller », paraît-il « personnalité intellectuelle de grande valeur », n’aurait tendance qu’à nous hypnotiser que par son habituelle étonnante mauvaise foi et l’exorbitance de ses prétentions vis-à-vis de la psychiatrie, qu’il maîtrise assez mal, meilleur qu’il est en termes de discussions de café du commerce et en tromperie des esprits concierges : pour professeur se prend-t-il, ses leçons ne valant peut-être que pour ceux qui, incultes, lui concèdent leur attention. Il est, semble-t-il, aujourd’hui, découvert, car il n’est, de fait, par vraisemblable manque de moyens, qu’un minable petit violeur.

  5. Laissons la « justice » faire son travail, si tant est qu’elle le fasse comme il faut. Il devrait être interdit aux médias d’en parler avant décision de justice, car même s’il y a un non lieu, le mal est fait pour la personne incriminée. Par contre, que les médias soient vigilants, pour veiller à ce que l’enquête ne soit pas enterrée, là, je suis pour. Ce que je suis pour aussi, c’est que les personnes convaincues de déclarations sciemment mensongères en vue de nuire, soient condamnées très sévèrement.

  6. Les nominés pour la « cérémonie des Gérard » sont d’ores et déjà tout trouvés , avec en toile de fond « présomption de viol non consenti » . Quand l’un de l’ancienne génération , un peu misogyne sur les bords , un tantinet rustre dans son comportement comme dans son allure. quant à l’autre un psy qui depuis maintes années donnait des séances de rééducation morale sur nombre de plateaux , que ne faisait-il pas dans l’ombre des « jeux interdits » sous couvert bien sûr de sa science , parfois la psychanalyse est plus approchante de la scientologie qu’on imagine, avec à leur tête des gourous pour qui le groupe doit se soumettre aux désirs sans entrave ni retenue; certains appellent çà la psychanalyse , est-ce dans le domaine de la science ou de la médecine ? le serment d’ Hippocrate dans le deuxième cas est mis à mal. Et pour finir vu cette séquence proposée dans « l’heure des pros 2 » où ce Gérard Muller s’emporte avec véhémence contre les dérives supposées de l’autre Gérard (pardon Gérald ) puisqu’il s’agissait de Darmanin.

  7. A la liberation la majorité des tondeurs de femme et lapideurs de Français moyens étaient des gens qui avaient eux mêmes bien « fricoté » avec les Allemands, profité de l’occupation pour arrondir leur bas de laine grâce au marché noir, écris quelques lettre non signées pour dénoncer leus voisins juifs et qui s’imaginaient se refaire une virginité en dénonçant plus fort que les autres les « collabos »… c’est Miller qui, faisant fi de toute présomption d’innocence, eructait à la télévision parce que Darmanin, accusé par un femme, était toujours ministre… après enquête, L’affaire Darmanin à été classée… En sera-t-il’de même pour « ’affaire Miller ?

  8. Les mêmes qui les condamnent aujourd’hui n’ont pas fait leurs propre mea culpa concernant les provocations qu’ils ont poussé très loin comme le journal libération .
    Cette société hypocrite me gonfle. Surtout quand les mêmes tolèrent les pires insanités de la part de rappeurs issus de l’immigration . Il y a les vieux libertaires que l’on juge comme les tortionnaires nazis lors de procès de Nuremberg par des gens qui en toute legitimité considèrent que des individus qui décapitent des bébé juifs et viols et tuent des innocents dans des kibboutz sont des résistants !

  9. Ce moraliste de gauche pervers qui a critiqué à l’époque avec ignominie Darmanin sur des « soupçons de viol » sans tenir compte de la présomption d’innocence …c’est le retour à l’envoyeur !

  10. De toute façon l’hypnose en général et en sexologie en particulier est toujours suspecte.
    Qui peut avoir envie de se faire soigner sans être en possession de ses moyens ?
    Ces psychanalystes qui pérorent et donnent des leçons à tout le monde sont toujours louches..

    1. Tout à fait d’accord avec vous, ils ne devraient pouvoir exercer qu’en présence, d’une personne désignée par les pouvoirs publics et assermentée.

  11. Authentiquement N.A.S.I ? Il y a quelques années Cohn Bendit et MAtzneff étaient honorés par presse de gauche pour leurs turpitudes et seraient désormais poursuivis pour les mêmes actes .

    1. Cohn Bendit qui l’a pourtant écrit s’en défend maintenant, se prévalant de sa notoriété d’honorable bourgeois pour qu’on le croit, et il est même très agressif lorsque François Bayrou faisant preuve de courage, pour une fois, le lui rappelle sur un plateau de télé

  12. C’est la morale des gens de gauche : puisqu »il sont de gauche et riches de ce fait ont tous les droits. Comme Strauss-Kahn.

    1. Oui, on ne condamne pas sans preuves concrètes. Encore des affaires de parole contre parole pour des soi-disant faits anciens, dur, dur, pour les plaignantes. Un viol réel laisserait des traces physiques et psychologiques, il faudrait agir de suite courageusement en état de le faire, après l’acte présumé, se faire soigner, porter plainte avec preuve de pénétration, c’est cela un viol. Pour une simple main aux fesses, elles auraient pu envoyer ces célébrités se promener avec indignation par leur non consentement.

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