Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, réagit au discours d’Édouard Philippe sur le plan de déconfinement. Un texte sur lequel elle s’est abstenue. Elle s’en explique au micro de Boulevard Voltaire et revient sur le rôle des élus locaux dans la gestion de la crise en évoquant ce qui est prévu à Béziers pour permettre l’ouverture des écoles.

Vous avez écouté le discours d’Édouard Philippe devant les députés. Ce discours a été suivi par toutes les interventions des différents présidents de groupe. Ce discours a beaucoup été critiqué pour son aspect extrêmement flou. On attendait des consignes claires pour un déconfinement autour du 11 mai, mais ce n’était pas si clair que cela. Qu’en avez-vous retiré ?

J’en ai retiré des choses positives et d’autres beaucoup moins positives, voire même négatives.
Notamment cette façon de botter en touche sur le manque de masques et de tests. On a théorisé des pénuries. Malheureusement, le gouvernement ne veut pas dire la vérité aux Français. Ce n’est pas admissible sur le manque de masques et de tests. On va, évidemment, relever comme d’habitude les injonctions contradictoires et se cacher derrière le Conseil scientifique. Certaines choses me semblent un peu aberrantes.
Pourquoi le port de masque est-il obligatoire dans les transports en commun alors qu’il ne l’est pas dans les grandes surfaces ou dans l’espace public ? Tout cela n’est pas très positif.
On est dans le général et dans le flou. En revanche, le Premier ministre semble laisser de la souplesse aux élus locaux. C’est un point positif. Cela me convient puisque, depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, je n’ai cessé de plaider pour cela. Il faut vraiment faire confiance aux élus locaux. Les maires sur le terrain sont au plus près des réalités, de leur ville et de leurs citoyens. C’est donc à eux qu’il faut faire confiance.
Dans son discours, j’ai trouvé qu’il laissait la possibilité d’adapter le plan de déconfinement aux réalités du terrain.
C’est pour ces raisons que j’ai décidé de m’abstenir. Je n’ai pas l’intention de faire des procès d’intention au gouvernement. J’ai entendu Édouard Philippe annoncer qu’un projet de loi serait présenté en Conseil des ministres, ce samedi, et qu’il serait étudié dans l’Hémicycle dès la semaine prochaine. Je me suis dit qu’il avait annoncé les grandes lignes et avait fait de grandes déclarations, certes peut-être un peu trop générales par rapport à ce que l’on attendait, mais le détail sera dans ce projet de loi. Je me suis donc abstenue et je me laisse le soin de voter pour ou contre la semaine prochaine en fonction des mesures plus précises. J’espère qu’on tiendra ce projet de loi. Si ce n’est pas le cas, je me chargerai de faire des propositions et d’amender, comme j’en ai l’habitude.

Il y avait, certes, l’avenir des championnats de sport professionnel. Toutefois, pas un seul mot n’a été évoqué pour les municipales. À l’heure actuelle, on ne sait pas si le premier tour comptait ou s’il va falloir recommencer.

Cela fait trois grands discours où, effectivement, on attend des explications sur les élections municipales. En réalité, cela ne m’étonne pas. Le 23 mars dernier, on a voté un projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire qui dit explicitement, dans cette loi, que le Conseil sanitaire rendra des conclusions sur l’état sanitaire de la France le 23 mai prochain. À partir de ces conclusions, on pourra décider si, oui ou non, le second tour peut s’organiser avant la fin du mois de juin ou si on sera obligé de le reporter. Cela ne m’étonne pas beaucoup puisqu’on a voté une loi fixant la date du 23 mai. Pourquoi le 23 mai ? Parce qu’on avait simplement donné des pouvoirs assez élargis au gouvernement pour pouvoir prendre des décisions pendant deux mois. On s’était d’ailleurs réuni le 23 mars. 23 mars plus deux mois, cela fait 23 mai. On est donc censé attendre le 23 mai pour savoir à quelle sauce les communes qui n’ont pas élu leur maire dès le premier tour vont être mangées. J’imagine que je suis aussi impatiente que beaucoup d’autres, même si, à Béziers, la situation a été tranchée dès le premier tour. Robert Ménard avait été élu avec près de 69 % des voix dès le premier tour. On est aussi impatient parce que, derrière cela, l’installation du conseil municipal n’a pas encore eu lieu et surtout les élections des communautés de communes ou d’agglomération. Pour les agglos qui verront des changements à leur tête, la période de transition commence à être un peu lourde. Ceux qui sont amenés à prendre prochainement les rênes ont envie de commencer à travailler dès à présent. En revanche, ceux qui n’ont pas envie de laisser les rênes traînent des quatre fers et mettent des bâtons dans les roues aux équipes qui vont bientôt arriver en place. Cela n’est pas souhaitable et il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps.

Les enfants doivent-ils aller à l’école le 11 mai ? Comment peut-on demander aux parents d’évaluer le risque d’exposer leurs enfants au danger ? Avez-vous été satisfaite par les pistes avancées par Édouard Philippe ?

Il laisse une grande latitude aux maires. Certains diront qu’il se défausse sur les élus locaux. Si on veut voir le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein, on pourrait dire, aussi, qu’il laisse à ceux qui connaissent le terrain la faculté d’organiser les choses.
C’est un peu hypocrite de dire qu’il faut absolument renvoyer les enfants à l’école, mais on va le faire sur la base du volontariat. Des parents se posent sérieusement la question. Ils ne sont pas rassurés et ne savent pas si la rentrée se fera dans de bonnes conditions, mais ils n’ont pas le choix. Ils sont obligés d’aller travailler et de remettre leurs enfants à l’école.
Pour Béziers, je vais tenir un discours très rassurant. Nous ferons tout ce qu’il faut faire et nous mettrons tout en œuvre pour que les enfants puissent rentrer et suivre les cours à l’école dans les meilleures conditions possible. À Béziers, nous avons déjà prévu le gel hydroalcoolique et les masques pour les enseignants. Nous avons prévu de réapprovisionner toutes les écoles en savon et le nettoyage à fond de toutes les écoles avant que les enfants rentrent à nouveau. On va probablement s’orienter vers une rentrée en petit comité. Certains groupes iront le matin et d’autres l’après-midi avec une restauration faite à la maison et non à la cantine.
Cela pourrait être vu comme une incohérence de dire « on ouvre les cantines scolaires et on interdit aux restaurants pour adultes d’ouvrir ». J’ai d’ailleurs remarqué que le Premier ministre se garder d’aller sur ce terrain-là. À Béziers, on fait plutôt le choix de se diriger vers des demi-journées pour que les enfants ne se croisent pas et que les repas soient pris à la maison. Je conçois que, pour certains parents qui n’ont pas le choix, ce soit un dilemme. Qu’ils soient rassurés, les élus sont loin d’être des irresponsables, bien au contraire. Ils ont pris bien avant les autres beaucoup de leurs responsabilités et mettront tout en œuvre pour que les conditions sanitaires soient les meilleures possible et que les enfants ne courent aucun danger.

À lire aussi

Emmanuelle Ménard, sur la PMA pour toutes : « Cette loi prive les enfants de père, elle est opposée aux droits de l’enfant »

L’Assemblée nationale a voté l’ouverture de la PMA à toutes les femmes (couples de f…