Record battu : plus de douze heures à déambuler à travers la ferme. Vraiment, Il est trop fort. Même dans les colonnes de Boulevard Voltaire, certains n’en reviennent pas. C’est dire… L’aide de camp devait tenir le chrono, trois pas derrière. Le but : fallait battre le loser de Corrèze qui, en 2013, avait tapé le cul des vaches et serré les mains des paysans de France – et pas le contraire – dix heures durant. À s’en faire des crampes et des bleus.

À dix heures et une minute, l’homme aux aiguillettes a signalé que c’était bon, qu’on pouvait rentrer, sinon on allait rater “The Voice”. Mais non. Là, au point où Il en était, il ne s’agissait plus de battre le record, il fallait l’exploser, le pulvériser, façon glyphosate sur les mauvaises herbes. Et Il l’a fait. Faut dire aussi qu’Il a fait attention : pas d’abus de nourriture et de boisson. Il boit du vin, c’est vrai, mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour, en même temps, se concilier les viticulteurs et ne pas fâcher le médecin-chef de la tôle – j’ai nommé docteur Buzyn. Et puis, un Président qu’on ramènerait en brouette à l’Élysée, on n’a jamais vu ça, même à l’heure du laitier. En tout cas, pas depuis une éternité. Pas d’abus de nourriture, non plus, alors que « l’autre » se goinfrait à s’en faire péter la sous-ventrière. À quarante ans, faut rester jeune homme. Et puis, Brigitte risquerait de gronder.

Bref, Il a tout visité : la grange, l’écurie, l’étable, la basse-cour. Tout. La moquette sans OGM avait été coupée tout comme il faut dès l’aurore et elle sentait encore bon la rosée. Pas de risque de salir les souliers ou de marcher dans une bouse revendicatrice. La poule – aux œufs d’or ou au pot, on ne sait pas encore – qu’on Lui a offert à l’adoption avait pris ses précautions avant d’être prise dans les bras présidentiels. Un drame est si vite arrivé. Il paraît qu’elle va rejoindre le Palais (le Perchoir est déjà pris). J’espère qu’on va lui donner une copine car les poules aiment bien la compagnie. Faut le savoir. En plus, c’est un animal vachement moderne : pas besoin de coq pour être heureuse. En tout cas, c’est une bonne idée. Marie-Antoinette avait bien son hameau à Versailles. Y a donc pas de raisons que Brigitte, elle aussi, n’ait pas sa fermette dans un coin du parc de l’Élysée. Le matin, elle ira ramasser les œufs qu’elle offrira le mercredi à Philippe ou Collomb pour qu’ils marchent dessus. Ils savent faire. Attention, cependant, que les rats de Mme Hidalgo ne viennent pas saccager le poulailler nuitamment. Ce serait dommage.

Ainsi, lors de cette déambulation paysanne et néanmoins présidentielle, les poules ont pu caqueter, les vaches meugler, les moutons bêler, les chevaux hennir, les lapins glapir, les canards cancaner. Et cela a beaucoup plu au Président pour sa première visite à la ferme. Il en a été ravi. En revanche, Il a moins aimé les agriculteurs qui gueulaient. Oui, parce que les agriculteurs gueulent, c’est comme ça qu’on dit. Alors, Il les a engueulés. Attention, pas de « Casse toi, pauv’ con », c’est pas le genre de la maison. Mais c’est vrai, ça ! C’est quoi, ces péquenots qui se permettent de couvrir les ovations des vaches et des ânes alors que ça gagne à peine douze cents euros par mois et même pas huit cents à la retraite ? Une bande de bouseux qui comprennent rien au monde globalisé et aux bienfaits de la concurrence déloyale. Bon, on rentre, y se fait tard. Au fait, la poule, faut la traire combien de fois par jour ?

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