Alors que les résultats du scrutin ne sont toujours pas rendus officiels, est l’un des premiers chefs d’État européens à féliciter Joe Biden pour son élection.

De son côté, le presque président s’entretient aussitôt avec ses proches alliés, l’Anglais Boris Johnson, l’Allemande Angela Merkel et l’Irlandais Micheál Martin : « Je leur ai dit que l’Amérique était de retour. […] Ce n’est plus l’Amérique seule. » On imagine que ces trois chefs d’État ont dû boire du petit lait, chacun pour des raisons leur étant propres.

Historiquement, l’Atlantique en particulier et les mers en général sont les prolongements naturels de la Grande-Bretagne, et sa participation à la construction européenne n’a jamais consisté qu’à l’empêcher de devenir une puissance politique digne de ce nom. Avec le , Boris Johnson ferme cette parenthèse conjoncturelle pour renouer avec son partenaire structurel. Seulement voilà, ce dernier doit lui donner des quant à l’ouverture de son marché, l’Angleterre risquant de ne plus pouvoir commercer avec l’Europe aussi facilement qu’avant.

L’Allemagne a, elle aussi, toujours privilégié le partenariat avec les États-Unis plutôt qu’avec le puissant voisin français. Dès 1918, elle se met déjà sous parapluie américain, pour y mieux revenir, une fois clos l’épisode de la Seconde Guerre mondiale. Pas plus que l’Angleterre l’Allemagne ne veut une Europe forte, les instances dirigeantes de cette dernière n’étant que le biais lui permettant d’asseoir sa puissance économique sur le Vieux Continent, charge à l’OTAN d’assurer sa défense. Mais continuera-t-elle à le faire sans que les Allemands ne mettent enfin la main au portefeuille ? Angela Merkel, elle aussi, a besoin d’être rassurée.

L’Irlande est, évidemment, le parent pauvre de ce triumvirat, sa fonction se résumant à celle de paradis fiscal pour les GAFAM. Ce qui est modeste, mais pas anodin non plus.

À ce titre, les tweets de Boris Johnson et Angela Merkel sont sans équivoque. « Les États-Unis sont nos alliés les plus importants et j’ai hâte de coopérer étroitement sur nos priorités communes, du changement climatique au commerce et à la défense », pour le premier. La seconde est tout aussi claire : « Notre amitié transatlantique est irremplaçable si nous voulons surmonter les grands défis de notre temps. » Bref, il s’agit d’un désaveu sans appel pour Emmanuel et ses velléités d’une défense européenne autonome susceptible de supplanter une OTAN en « état de mort cérébrale », occasion pourtant offerte sur un plateau par Donald . Mais pour que l’initiative française prenne corps, fallait-il encore que l’Allemagne l’appuie ; ce qu’elle ne voulait pas, ce qu’elle n’a jamais voulu.

Cette tentative de percée politique était donc mort-née. Ou alors, ce sont les fondements mêmes de l’Europe et du couple franco-allemand qu’il aurait fallu remettre en cause. Et ce sont d’autres alliés qu’il aurait fallu aller chercher, les pays du sud et de l’est de l’Europe ; si ce n’est la Russie, permettant ainsi de contourner l’Allemagne tout en l’isolant. Emmanuel Macron a eu le réflexe gaullien. C’est la mise en œuvre qui ne l’était guère. D’ailleurs, il vient d’affirmer à Joe Bien qu’il entendait « redynamiser les liens avec l’OTAN » ; c’est dire la volte-face.

Pourtant, que les eurolâtres ne pavoisent pas plus que de raison. Qu’ils soient incarnés par Trump ou Biden, les intérêts américains demeurent intangibles : face au défi de la Chine, leur principal ennemi, l’allié européen n’a plus guère d’importance stratégique depuis la chute de l’URSS. Pas plus que les Proche et d’où les se désengagent également.

On rappellera, d’ailleurs, aux thuriféraires de l’Alliance transatlantique que les Américains n’ont jamais eu d’alliés véritables ; seulement des vassaux et des affidés. Trump le claironnait, Biden nous le susurre. Mais rien ne change. Sauf leurs illusions.

11 novembre 2020

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