Depuis le 17 décembre dernier, les marins de la société de remorquage du port du Havre sont en grève.

Au Havre, comme dans la plupart des grands ports autonomes en France, le remorquage est assuré par un groupe espagnol : le groupe Boluda.

Le remorquage est nécessaire pour que les navires puissent accoster dès lors qu’ils font plus de 180 mètres de long. Les « monstres des mers » font environ 400 mètres de long, ils ne peuvent donc faire escale sans l’assistance des remorqueurs.

Les 80 marins qui assurent cette activité essentielle sont en grève pour défendre un « régime spécial » qui leur permet de partir en retraite à 55 ans avec 37,5 trimestres. Ce régime, qui existe depuis 1673, est justifié par le caractère particulièrement dangereux du métier. Les accidents de travail y sont plus nombreux que dans le BTP.

Les conséquences de cette grève sont catastrophiques pour le port : les armateurs sont obligés de dérouter leurs navires vers d’autres ports (c’est surtout Anvers qui profite de la situation). Outre le manque à gagner pour le port, c’est toute une logistique que les opérateurs doivent mettre en place pour livrer les conteneurs. Et c’est très compliqué.

À cela s’ajoute le fait que les clients sont souvent de grands groupes internationaux qui n’apprécient guère de voir leurs marchandises bloquées ou déroutées et qui n’hésiteront pas à « changer de port ».

C’est en grande partie à cause des anciens mouvements sociaux que Le Havre a perdu le trafic des « ro/ro » (roll-on/roll-off, le transport de voitures) au profit de Zeebruges qui est, en fait, une annexe du port d’Anvers.

Les esprits chagrins me feront observer que ce n’est pas très grave que le remorquage ne soit pas assuré puisque les accès au port sont souvent bloqués en ces périodes de grève…

Mais, si j’ose dire, tout cela « tombe très mal » pour plusieurs raisons.

D’abord, les alliances entre armateurs (en fait, les accords croisés entre armateurs pour charger au maximum les navires) ont été récemment profondément modifiées. Il en est résulté une réorganisation complète des lignes et donc des escales.

À ce facteur externe s’ajoute le fait que le grand port maritime du Havre avait enfin, après des années de turbulences, retrouvé une paix sociale qui en fait un port où « le travail » est d’excellente qualité. Au surplus, un ambitieux plan d’investissements pluriannuel vient d’être décidé avec, enfin, la construction de cette fameuse « chatière » qui permettra de relier la Seine à Port 2000 et de faire « décoller » le transport fluvial. Autres signes très positifs : la mise en service enfin efficace du terminal multimodal, le lancement d’importants travaux de construction d’entrepôts logistiques dans la zone du pont de Normandie, le démarrage de « S)ONE », le nouveau système informatique de gestion de toute la chaîne logistique « du bateau au client ».

Bref, toutes sortes de signes très positifs pour le développement du port, sans parler d’HAROPA.

Alors, il serait vraiment dommage que la psychorigidité du Premier ministre sur la question du régime spécial de retraite vienne mettre en danger tous ces remarquables efforts, surtout dans sa ville.

D’un autre côté, on peut s’interroger sur le fait que 80 marins en grève suffisent à bloquer l’activité du premier port français pour le commerce extérieur…

À lire aussi

Les moules de la Baltique

Une grande chaîne de distribution qui se fait fort, à grands coups de pub, de privilégier …