Le Dr Legrand a aussi lancé un appel aux maires pour qu’ils mettent à la disposition des EHPAD les surchaussures, tout le matériel dont ils disposent car les écoles et les cantines sont fermées. Il fait aussi le point sur la chloroquine, qui ne peut pas être prise sans avis médical ni en prévention. Et il revient sur le manque et le mensonge des masques. À écouter absolument !

Vous avez lancé un appel sur Twitter vous adressant aux maires. Vous leur avez dit que leurs cantines avaient des sur blouses et des surchaussures qui pourraient protéger les médecins libéraux qui sont actuellement sur le front. « Aidez-nous surtout pour nos EHPAD » est-ce un appel au secours ?

C’est vraiment un appel au secours. On sait que les EHPAD ne sont pas protégés, tant qu’il n’y a pas de premier cas dans l’enceinte. Dès que le premier cas de Covid-19 rentre dans une EHPAD, c’est une liste de patient qu’on ne pourra pas réanimer. Une fois que l’EHPAD est tombé, il n’y a malheureusement plus grand-chose à faire. Si le Covid-19 entre dans une EHPAD, on sait qu’il est arrivé uniquement de l’extérieur. Nous n’avons ni sur blouse ni sur chaussures ni masques.
Les soignants doivent en priorité avoir ces sur blouses. On sait que ces sur blouses sont utilisées dans les cantines pour des mesures d’hygiène. Or, les cantines ne tournent pas en ce moment. Par conséquent, toutes les mairies ont un stock pour approvisionner leur EHPAD. S’ils prennent trop de temps à nous les fournir, cela va entraîner des dizaines de morts.


La situation est-elle dramatique pour le secteur hospitalier et pour les médecins généralistes ?

La situation est dramatique parce qu’on a pris du retard à l’allumage. Nous n’avons pas assez de masques et de mesures de protection. Le principal contaminateur de ce virus est le soignant. Les patients qui se rendent aux urgences prennent un risque maximum. Bien souvent, ils vont aux urgences pour des « conneries ». Récemment, j’ai diagnostiqué un patient Covid. Dans le doute, il est allé aux urgences. C’était un Covid symptomatique. Vous pouvez être sûr qu’il a dû infecter un ou deux soignants ou l’agent d’accueil.
Les patients doivent arrêter d’aller aux urgences. Ils doivent se faire réguler par leur médecin généraliste. Nous sommes là pour faire le filtre et ne faire hospitaliser que ceux qui doivent être hospitalisés.

Il y a un espoir avec l’utilisation de la chloroquine et de la nivaquine anti paludique. En prescrivez-vous ?

Monsieur Raoult indique qu’il faut prendre de la chloroquine lorsque l’infection est déjà déclarée, testée positive et après avoir fait un électrocardiogramme à J0, et un deuxième électro cardiogramme à J2. Mais en aucun cas, on ne prend la chloroquine sans avoir fait d’électrocardiogramme ou dans le cadre d’une simple suspicion sans test positif.
Je vous rappelle que prendre de la chloroquine sans avis médical vous expose à un risque de mort subite. Si on devait le faire de manière généralisée, il y a de fortes chances que le nombre de morts serait supérieur aux simples morts du Covid-19. Il ne faut absolument pas le prendre en prévention. Un essai est en cours, nous aurons les résultats dans très peu de temps. Le débat n’existe pas dans le monde scientifique entre monsieur Raoult et d’autres personnes. Une interprétation du protocole a été faite. Ni monsieur Raoult ni personne d’autre ne dit qu’il faut prendre de la chloroquine en amont.

Depuis le début de la crise, enchaînez-vous les patients ?

Aujourd’hui, c’est plutôt calme. On est dans l’œil du cyclone et dans la phase où le Covid est en train de tout écraser. Les gens ont tellement peur qu’on leur annonce un diagnostic de Covid qu’ils ne viennent pas.

Vous avez de grandes chances que vous soyez positif. On a l’impression que tous les généralistes vont y passer…

On sait que nos chances d’être positif sont extrêmement fortes. Les médecins et le corps des soignants qui se retrouvent en réanimation le sont à cause d’une charge virale importante. Plus on voit de patients Covid plus on maximise notre charge virale.
C’est exactement comme dans le cadre d’une irradiation, on peut supporter une petite dose, mais manifestement de très grosses doses sont mortelles pour les médecins.
Nous mentir sur la qualité du masque ou nous envoyer des masques anti projection en nous faisant croire que ce sont des masques FFP1, c’est criminel. Ne pas nous envoyer de notice claire, c’est criminel.
Lorsque je consulte mes patients diagnostiqués Covid, ils attendent dans mon jardin le plus longtemps possible, ensuite ils entrent dans mon cabinet et deux minutes plus tard, ils sont de retour dans le jardin en train d’attendre que je fasse les papiers. Je m’expose le moins possible. Je suis à distance de deux mètres d’eux pour que nos flux d’air ne s’échangent pas. Cette prise en charge est particulière et se fait debout.

Pensez-vous aux risques vous concernant ?

Mon épouse est médecin et consulte avec moi. On forme un duo en termes d’équipe de soins. Nous connaissons les risques que nous prenons. Notre secrétaire a plus de 60 ans et prend les risques en toute conscience. J’ai à mon domicile quatre enfants et ma belle-mère qui a plus de 70 ans. Donc oui, chacun est conscient des risques. Je suis vraiment amer lorsque des patients qui sont diagnostiqués Covid se rendent aux urgences. Ces risques sont inutiles et ces patients irresponsables.

25 mars 2020

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