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Editoriaux - 15 février 2020

Derrière la chute de Griveaux, l’omnipotence de la surveillance

Coup de tonnerre dans la campagne municipale parisienne : à moins d’un mois du scrutin, le candidat investi par LREM renonce à briguer la tête de l’hôtel de ville, et ce, à travers une allocution diffusée par l’AFP et la chaîne BFM Paris. Il y explique vouloir protéger sa famille face à des rumeurs le concernant, faisant ainsi allusion à une vidéo à caractère sexuel circulant sur la Toile depuis la veille, notamment relatée par le blog de Mediapart [« Docteur Griveaux ou Mister Grivois », texte publié le 13 février]. Après quoi, l’ancien avocat de Dominique Strauss-Kahn Richard Malka a directement menacé ceux qui seraient tentés de partager ce film décrit comme étant pornographique à travers le communiqué suivant : « À la suite du retrait de sa candidature à la mairie de Paris, Monsieur Benjamin Griveaux invite chacun au respect de sa vie privée […] Il s’agit là, pour toute personne, d’un droit essentiel dont la violation est sanctionnée par le Code civil et par la loi pénale […] Monsieur Benjamin Griveaux nous a donc demandé d’engager des poursuites contre toute publication qui serait contraire à ces dispositions protectrices. »

Un activiste russe nommé Piotr Pavlenski affirme publiquement être à l’origine de cette attaque – l’enregistrement daterait de mai 2018 – contre le désormais ex-leader parisien du parti présidentiel. L’avocat de Julian Assange, Juan Branco, parle également en son nom. Ainsi, toute personne publique est gagnée par la stupeur, comprenant à quel point sa vie privée peut être exposée à tout moment dans l’univers numérique, cela, en dépit de la loi du 7 octobre 2016 qui condamne jusqu’à deux ans de prison ainsi qu’à 60.000 euros d’amende l’individu qui se risquerait à « porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel ». Pour autant, comment ne pas mentionner l’aspect tragi-comique de la situation, dans la mesure où la Macronie s’est érigée sur l’autel de la médiatisation à outrance de la vie privée et l’apologie des nouvelles technologies, non sans le soutien des géants du numérique français comme Patrick Drahi et Xavier Niel ?

« Une époque de barbarie commence ; les sciences la serviront », aurait écrit Friedrich Nietzsche dans un fragment posthume. Car, au-delà du cas Griveaux, l’homme moderne est sommé de se soumettre au principe d’omnipotence de la surveillance. Ce qui signifie que le smartphone est une arme de destruction médiatique massive : rien ne peut échapper, de fait, à ce nouvel œil de Râ, le dieu égyptien symbolisant l’omniscience par le regard. Par conséquent, une nouvelle guerre des yeux voit le jour, sur fond de protestantisation des sociétés démocratiques, celles qui sont fortement influencées et culturellement et institutionnellement par le monde anglo-américain, à l’instar du Japon et de la Corée du Sud. En définitive, la modernité ne renonce pas à la recherche hypocrite de pureté, ou l’adoration de ce que l’on prétend détester : l’argent et le sexe. In fine, l’enfer contemporain, c’est l’Autre, tout simplement. Un huis clos éminemment angoissant, puisque ouvert à tous, avec portes et fenêtres.

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