Armées - Editoriaux - 30 décembre 2018

« Demain, les Alsaciens-Mosellans pourraient à nouveau intégrer l’armée allemande ! »

Mais pas que des Alsaciens-Mosellans...

« Incroyable mais vrai ! » m’alerte un correspondant sur Facebook : “Demain les Alsaciens-Mosellans pourraient à nouveau intégrer l’armée allemande !” ajoutant, non sans humour : “Non-incorporés de force cette fois !” Ce n’est pas un canular : pour faire face à la pénurie de candidats, l’armée allemande – qui a mis fin à la conscription en 2011 – envisage sérieusement de recruter des ressortissants issus d’autres États membres de l’Union européenne.

Le chef d’état-major de la Bundeswehr, Eberhard Zorn, a évoqué cette possibilité la semaine dernière devant un groupe de journaux régionaux, Funke Mediengruppe :

“La Bundeswehr a besoin de personnel […], nous devons regarder dans toutes les directions en période de pénurie de travailleurs qualifiés.[…] la Bundeswehr ne serait pas une exception car nous avons déjà depuis longtemps des citoyens européens qui travaillent dans la police allemande.”

Confrontée au vieillissement de sa population et à une pénurie grandissante de main-d’œuvre, l’Allemagne est sur le point de se doter d’une loi permettant le recrutement de travailleurs extracommunautaires. Après les footballeurs, les militaires ? Après tout, le général Kléber, avant de ferrailler pour Bonaparte, n’avait-il pas, dans sa jeunesse, fait ses premières armes dans un régiment bavarois ?

Concernant la Bundeswehr, où 21.000 postes d’officiers et sous-officiers seraient vacants, leur recrutement nécessitera une modification de la loi fondamentale qui précise qu’un soldat opérant pour la Bundeswehr devait, jusque-là, être nécessairement de nationalité allemande. Par ailleurs, il sera exigé des candidats de parler allemand et de prêter allégeance à l’État germanique. Pas sûr qu’en Alsace-Moselle, on se bouscule au portillon… Allégeance ou pas, ils devront en tout cas avoir un casier de justice vierge et présenter un certificat de bonne conduite fourni par la police. Ribéry, contrairement à Kléber, n’aurait eu aucune chance, mais le foot est moins regardant.

Selon le quotidien allemand Hamburger Abendblatt, l’Allemagne aurait sondé ses autres partenaires européens sur le sujet. Seuls quatre pays, dont la République tchèque, se sont dits prêts à en discuter, mais la France se serait montrée réservée. Idem pour la Bulgarie, la Roumanie, la Slovénie ou encore la Grèce, qui craignent que leurs propres soldats ne puissent être attirés par l’attrait d’un salaire plus élevé en Allemagne.

Signe de déclin de l’Allemagne, diront certains, ou volonté de mettre en route l’embryon d’une future armée européenne ? Quand un pays n’est plus en mesure de recruter ses propres nationaux pour assurer sa défense c’est qu’il s’engage sur une voie qui peut s’avérer dangereuse à l’usage. Le propre d’une armée – vous me corrigerez, mon colonel – n’est-il pas d’être l’émanation d’une nation au service d’une politique conduite par un État souverain ? Selon le principe “Cedant arma togae” : “Que les armes le cèdent à la toge”. Encore faut-il que la « toge », autrement dit l’autorité politique, que ce soit outre-Rhin ou au-delà des Vosges, leur en donne les moyens. Suivez mon regard, mon général…

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