« L’après confinement peut déboucher sur une exacerbation de la peur de l’autre », avance Alain Penin, psychologue et expert judiciaire auprès des tribunaux, dans une interview à La Dépêche. Et même si l’on se réjouit de la fin prochaine – espérée mais pas certaine pour tous – de cette épreuve majeure, il restera une blessure dans la société ; une blessure qui pourrait ne jamais se refermer.

Les informations reçues en vrac de nos dirigeants, appuyées par leurs « experts » et l’extrême confusion dans laquelle elles ont été constamment livrées, ont contribué à installer dans notre société un climat social anxiogène – très légitime – de cette maladie du coronavirus. Ceci peut être dû aux erreurs de communication répétées de nos dirigeants, de nos médias mainstream et de leurs experts – souvent rémunérés pour porter la bonne parole, comme on l’a vu à de nombreuses reprises. N’oublions pas, cependant, que notre société est, comme toujours, très divisée sur les origines et les remèdes des grandes causes, comme on le vit depuis plusieurs années sur les orientations politiques majeures de nos gouvernants.

Aujourd’hui, la confusion reste totale. Les épisodes successifs qui nous ont montré l’impréparation magistrale de nos dirigeants à propos des masques, des tests, des approvisionnements en gel mais, surtout, des informations contradictoires sur les vecteurs et les conditions de transmission du virus, ont durablement altéré les facultés cognitives de nos concitoyens face à la réalité des dangers auxquels notre société est confrontée.

On voit, depuis peu, dans la rue et dans les files d’attentes des commerces qui ont ouvert leur porte avant ce , certains de nos compatriotes porter masque et gants, d’autres avancer le visage et les mains nus. Ces derniers ont de suite droit à un regard suspicieux, voire carrément désapprobateur allant jusqu’à la réflexion désobligeante, de la part, non pas du commerçant, mais de certains clients déjà présents dans le magasin.

Toujours selon Alain Penin, « cette période risque d’exacerber les tensions et éléments de personnalité antérieurs. Les gens anxieux ou suspicieux vont voir exploser leurs inquiétudes avec cette peur d’être contaminés. L’exemple de ces infirmières vues comme une ennemie potentielle se traduit par la mise à l’écart de l’autre. On rentre dans une attitude de surévaluation du danger avec des gens qui se laissent aller à la délation. »

Alors, doit-on s’attendre au pire quand les centres commerciaux, les espaces publics et les en commun vont ouvrir plus largement leurs portes ? Les comportements asociaux vont-ils s’exacerber ; assistera-t-on à de véritables bagarres pour monter dans un bus ou un métro, aux accès moins contrôlés que les trains, au prétexte, pourtant légitime, de se rendre sur son lieu de travail, par exemple, même s’il s’agit d’un travail salvateur, essentiel pour la société, comme on l’a vu plus avant avec les personnels de santé, harcelés par leurs voisins au motif qu’ils sont au contact des malades du virus ?

Dans toutes ces situations, assisterons-nous, comme déjà on peut le remarquer aujourd’hui, à une grande fragilisation des relations sociales dans notre société et à un retour à sa division qui augure mal de la poursuite et la réalisation des grands enjeux économiques, sociétaux et politiques du futur ?

Issue d’un autre domaine professionnel et dans un registre plus positif, Julie Brun, directrice conseil de l’agence de publicité Sweet Punk, tente, dans Stratégies, de nous offrir le verre à moitié plein : « Est-ce qu’au sortir de cette crise, nous n’aurons qu’une seule envie, celle de se jeter dans les bras les uns des autres ou, au contraire, serons-nous sur la défensive ? Et au bout de combien de temps retrouverons-nous un comportement “normal” ? Quelle sera, d’ailleurs, cette nouvelle normalité ? »

Réponse, progressive, le 11 mai prochain…

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