L’observateur anonyme que je suis de ce monde étrange n’en démord pas : le et l’accouchement ont ceci de commun qu’ils se font dans la douleur. Si le confinement d’un pays tout entier, au détriment de beaucoup d’autres choses, s’est fait sans trop de résistance, on voit bien, désormais, combien il est difficile de briser la poche des eaux et de convertir la psychose collective en bond vers l’avenir. La principale cause en est tout autant collective, tant la frilosité de nos vies se complaît dans un principe : craignez dehors où sévit le danger, et ne prenez aucun risque inutile.

La formule est absurde : l’utilité d’un risque ne se mesure qu’une fois qu’on l’aura pris. Voilà pourquoi, avant de craindre un virus dont désormais on sait assez de choses, craignons surtout que la torpeur et l’irraison ne nous empêchent de vivre, nous qui sommes adeptes du risque zéro.
Adeptes ? Bien sûr ! Nous qui supportions déjà mal que nos petits loulous puissent vivre avec une maladie rare et incurable, ou un trouble trisomique (insurmontable, dit-on), quand bien même on les dépiste fort mal. À coup de diagnostics préimplantatoires (DPI), la (mal)chance est surtout d’avoir une infime chance que cela arrive. À cela, nous préférons tuer de nos mains un bébé « risqué » que de risquer un bébé (mal)sain. Pourtant, nombre de parents qui ont gardé l’enfant en témoignent : le DPI se trompe bien plus souvent que la nature.

La nature, elle-même, nous effraie, nous qui ne jurons plus que par la vaccination massive et irraisonnée, obligatoire donc (car certains bougres réfléchissent), pour affronter tout risque de maladie quelle qu’elle soit, de la plus bénigne à la plus grave. Le bien individuel prime sur le bien commun, au point qu’il faille nous vacciner tous pour en protéger ne serait-ce qu’un seul. Le principe a sa vertu, certes, mais il existera toujours un risque, et une personne à protéger pour s’infliger collectivement davantage : sans limites, le principe pourra se déployer à l’infini.

L’infini, comme ces normes qui n’en finissent plus de tomber, qui sclérosent notre économie et nos vies. Car chaque objet de votre vie doit être certifié, chacune de vos activités contrôlées, chacun de vos postes conforme au CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), afin de vous garantir qu’aucun risque (Dieu, quelle horreur !) n’adviendra. Vous pouvez mal manger, tant qu’un rond rouge apparaît sur l’emballage. Vous pouvez fumer, tant qu’un poumon brûlé s’exhibe sur le paquet. Enfants, votre vie, en définitive, se confine déjà à l’infini de choses que vous ne ferez plus (car ils savent ce qui est bon pour vous) tant qu’elles n’auront supporté le sceau de la conformité.

De la conformité au conformisme, c’est un pas de mouton. Car de ces choses, de ces actes et de ces êtres qui nous façonnent à l’hygiénisme sécuritaire, ils nous rendent tous semblables, au point que nous marchons d’un seul chef. Celui qui prend le risque de courir le risque a l’affront d’en faire courir à un autre. Qu’il soit petit, qu’il soit grand, fort probable ou bien peu, il existe, ce risque qui n’est pas de zéro. C’est mal, égoïste, inacceptable : ils ont la morale pour eux. Cette ignominie doit disparaître, et vous avec, dans un défilé aux allures de 1984.

On m’a rapporté la délation, au point que la police contrôle un dissident signalé par un voisin… On m’a rapporté le rejet des soignants, au point que, dans ce couple, monsieur veut faire appartement à part (madame est soignante) et garder le fils avec lui, « Covid-19 » oblige… On m’a rapporté ces personnes dont les soins urgents ont été reportés, les services hospitaliers étant réquisitionnés… On m’a rapporté les dépressions et solitudes qui mènent des êtres fragiles sur le fil du rasoir… Et Dieu, qu’on nous rapportera de ces malheurs ces mois prochains d’avoir voulu lutter parfaitement contre un risque si approximatif.

C’est fou, tout le mal qu’on peut faire à ne vouloir en accepter aucun.

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