Editoriaux - Histoire - Société - 20 mars 2019

Déboulonnage des grands hommes : à géométrie variable !

Pas de chance, j’ai fait mes études secondaires dans un lycée qui n’est, hélas, devenu mixte qu’après mon baccalauréat. À cette occasion, l’établissement prit le nom de Florent Schmitt, compositeur qui eut bien des talents, mais pas celui de résister farouchement aux dérives du régime de Vichy.

Tout le monde l’avait oublié, mais la mode de l’épuration tardive l’a rattrapé : le lycée fut donc rebaptisé Alexandre-Dumas.

Ceux qui assistèrent à la cérémonie expiatoire disent qu’à cette occasion, les discours officiels vantèrent plus sa qualité de métis que celle de ses œuvres.

La colonisation et l’esclavage offrent un grand choix de cibles aux procureurs frénétiques de nos lointains ancêtres, qui ne trouvent généralement face à eux que des édiles tout acquis à une repentance rarement dénuée d’intérêt électoral.

En 2006, la France s’abstint, ainsi, de célébrer sérieusement le quatrième centenaire de la naissance de Corneille (auteur d’autant plus immense qu’il a probablement écrit le meilleur de Molière) au motif que sa famille fricota un peu dans le commerce triangulaire…

Plus près de nous, le commandant Marchand, dont la mission coloniale au Congo fut interrompue par la reculade diplomatique française face aux Anglais, vit sa statue parisienne détruite en 1983. Et à Lille, c’est celle de Faidherbe qui est aujourd’hui sur un siège éjectable : avoir conquis, pacifié et organisé le Sénégal colonial sous Napoléon III était, bien sûr, impardonnable. C’est égal, les moins de cinquante ans ont peu de chances d’avoir entendu parler de ces vieux mâles blancs dans leurs écoles…

Mais comme mes enfants en cours d’espagnol, après les massacres des autochtones par Cortés et l’islamophobie des rois catholiques, les jeunes ont certainement entendu parler de Franco avec l’objectivité qui donne envie de visiter le pays. Ils seront intéressés de savoir que la dépouille du Caudillo sera peut-être bientôt transférée dans un lieu plus discret que la Valle de los Caídos.

La gauche a, évidemment, plus de chance. L’Histoire est écrite par les vainqueurs, surtout s’ils sont idéologiques. Le grand antisémite et homophobe Salvador Allende, qui ruina son pays encore plus vite que Maduro, a des avenues à son nom dans de nombreuses villes, et le boulevard Staline a tenu 32 ans à La Seyne-sur-Mer avant de devenir celui de… Stalingrad. Quant à la ville de Saint-Denis, elle ne pouvait pas éviter d’avoir son allée Che Guevara, tueur psychopathe dont la révolution cubaine libéra les plus bas instincts.

Heureusement que le duc d’Enghien n’a pas eu de descendance officielle, parce que pour débaptiser le cours Napoléon à Ajaccio, on connaîtrait de grands moments !

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