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Editoriaux - Entretiens - Justice - 25 septembre 2017

“À mes collègues, je dirai ceci : soyez d’abord et avant tout solidaires.”

Quelle est votre situation administrative, judiciaire actuelle ?

Sur le plan administratif, j’ai été suspendu puis révoqué de la police nationale au gré de deux procédures disciplinaires, la première relative à des publications anonymes sur Facebook datant de septembre 2014, révélées à ma hiérarchie par une de mes collègues, la seconde liée au fait que je j’aie décidé de témoigner publiquement de ma situation, notamment sur Boulevard Voltaire. Ces procédures font l’objet de recours administratifs dont je suis, pour l’heure, sans nouvelle.

Sur le plan judiciaire, les choses sont plus compliquées. En effet, alors qu’une injonction m’avait été envoyée de payer avant le 4 juillet 2017 la somme de 5.000 euros d’amende sous peine de séjourner 200 jours en prison, en application de la condamnation devenue définitive dont j’ai fait l’objet suite aux fameuses publications sur Facebook, j’ai dû quitter la France afin d’éviter l’incarcération, et ai décidé de me rendre en Suisse.

J’ai relaté l’ensemble du processus ayant conduit à cette situation dans un ouvrage intitulé À mort le flic !, édité par Riposte laïque, qui, grâce à une avance sur mes droits d’auteur et à différents soutiens, m’a permis de régler l’amende à laquelle j’ai été condamné, avec plusieurs semaines de retard. Or, je ne suis pas en mesure de savoir si cela a pour effet d’annuler tout risque d’emprisonnement, puisque mon avocat, Me Gabriel Versini, s’évertue en vain à obtenir une réponse des autorités judiciaires sur ce point. Il m’a donc conseillé de ne pas rentrer en France sans qu’il obtienne des garanties, de préférence par écrit.

Vous avez décidé de rentrer en France ? Pourquoi ? N’est-ce pas risqué ?

Au vu des difficultés rencontrées par mon avocat s’agissant d’obtenir une réponse de la Justice sur l’état de mon dossier, au vu également de l’information incroyable à laquelle j’ai pu accéder, relative au fait que je fais l’objet d’une fiche S depuis décembre 2015, deux options s’offraient à moi. La première consistait à rester exilé de France et à attendre patiemment une hypothétique amélioration de ma situation, en essayant d’agir à distance sur le fil des événements. La seconde, c’était de regagner le territoire afin de mener les combats judiciaires qui m’attendent en étant sur place.

Malgré les risques, c’est la seconde option que j’ai choisie. Je serai, par ailleurs, pour ma première apparition publique à la Librairie française sise 5, rue Auguste-Bartholdi à Paris XVe, le samedi 30 septembre de 14 h 30 à 17 h 30, pour y dédicacer À mort le flic ! Advienne que pourra…

Avez-vous un message à délivrer aux autorités françaises ? Et à vos collègues policiers ?

Délivrer un message aux autorités françaises reviendrait à considérer qu’elles œuvrent à l’unisson. Or, la grogne qui se fait entendre au sein de nos institutions démontre à elle seule qu’une crise importante est en cours. Dans tous les services, il y a des personnalités honnêtes et intègres, et d’autres pour qui seul compte le déroulement de leur carrière, à n’importe quel prix. Ceux qui ont déployé autant de moyens pour faire de moi un exemple ne doivent plus s’en tirer à si bon compte.

À mes collègues, je dirai ceci : soyez d’abord et avant tout solidaires. Ne doutez pas de la légitimité de vos revendications, car c’est d’elles que dépend la sécurité de tous. Les chasses aux sorcières et le risque de sanction ne doivent surtout pas vous décourager, même si je sais à quel point il est difficile, aujourd’hui, d’être flic en étant géré par des opportunistes pour qui la notion de service public passe au second plan.

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