Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 14 janvier 2019

Damien Lempereur : “Face à cette impasse, la seule solution est de revenir devant les urnes”

Après l’acte IX des gilets jaunes, samedi dernier, et la publication de la lettre d’Emmanuel Macron aux Français, dimanche soir, réaction au micro de Boulevard Voltaire de Damien Lempereur, porte-parole de Debout la France.

L’acte IX des gilets jaunes a eu lieu samedi. La mobilisation était en hausse, mais avec moins de violences. Les gilets jaunes ont-ils prouvé qu’ils allaient s’inscrire dans la durée ?

Je pense que le mouvement a démontré qu’il était enraciné avec une mobilisation en hausse qui va continuer d’augmenter. Il n’y a pas de raison que la mobilisation s’arrête. Ce n’est certainement pas la lettre du Président qui va diminuer la mobilisation.
La diminution de la violence correspond, finalement, à l’esprit initial des gilets jaunes qui, rappelons-le, est un mouvement très majoritairement pacifique. Par ailleurs, les gilets jaunes ont compris qu’il ne fallait pas tomber dans la surenchère du ministre de l’Intérieur et dans l’amalgame.
Aussi, avec moins de violence et une intelligence collective, ils arrivent majoritairement, et malgré beaucoup de provocations, à maintenir l’esprit pacifique.

La lettre d’Emmanuel Macron est sortie ce matin. Elle provoque énormément de propositions, de questionnements et une invitation à participer au débat national.
Qu’avez-vous pensé de cette lettre ?

Sincèrement, je trouve la lettre un peu longue, mais j’ai surtout la sensation que le président de la République et aussi le gouvernement essayent de noyer le poisson et d’endormir la contestation avec cette lettre et cette idée du débat national. On l’avait senti avant qu’elle sorte, et maintenant on sent bien que, quoi qu’il arrive, ils ne veulent pas changer le cap. Ils nous ont bien expliqué qu’il n’était pas question de débattre de tous les sujets, même si la lettre fait un inventaire à la Prévert. J’ai du mal à comprendre pourquoi, en démocratie, après 18 mois d’exercice du pouvoir, il faudrait se réserver plusieurs semaines de débat national, comme si les Français n’avaient pas exprimé leur mécontentement et comme si les propositions n’étaient pas sur la table.
Je vous avoue que je suis un peu sceptique à la fois sur la lettre et sur cette idée du débat qui me semble plus qu’une volonté de noyer le poisson plutôt que de répondre aux préoccupations des Français. Emmanuel Macron nous propose plutôt le grand bla-bla.

Comment sortir de cette liste ? On entend évidemment parler de dissolution de l’Assemblée nationale et de projet de gouvernement de cohésion nationale. Que souhaite Debout la France pour l’avenir ?

Nous sommes dans une impasse. Ce débat sera inutile. Même si c’est toujours bien de s’exprimer, cela fait 18 mois qu’on s’exprime. Face à cette situation, si Emmanuel Macron veut continuer à mettre en œuvre sa politique, la seule solution serait de revenir devant les urnes.
Soit il est suffisamment confiant dans ses propositions et ses solutions et il les soumet par référendum aux Français. Il a déjà proposé son idée de grand débat et cela pourrait faire l’objet d’un référendum. La réponse sera de savoir si on veut continuer avec lui ou non.
Soit il ne veut pas prendre ce risque, et alors il faudrait qu’il dissolve l’Assemblée nationale très rapidement. La dissolution serait le seul moyen de redonner une parole au peuple.
Le gouvernement nous dit avoir été élu et être légitime pour cinq ans. Non. Le fait d’avoir été élu donne la possibilité légale. Le gouvernement et le Président sont légaux. Cela ne donne pas, pour autant, forcément, une légitimité pendant cinq ans. Ils ont perdu une partie de leur légitimité par leur politique, par leurs contradictions et par les affaires, etc. S’ils veulent trouver une forme de légitimité, il faut qu’ils reviennent devant les Français d’une façon ou d’une autre. Je ne vois pas d’autres solutions.

N’avez-vous pas peur de tomber ainsi dans l’instabilité parlementaire propre à la IIIe République ?

Paradoxalement, je sais qu’on critique souvent la IIIe République, et sûrement à juste titre. Je pense, néanmoins, que si les Français avaient aujourd’hui l’occasion de remettre les pendules à l’heure, il y a des chances que la nouvelle représentation nationale ou le nouveau Président soit plus à l’image du peuple français.
On a les moyens, dans la Ve République, d’avoir une représentativité plus adéquate. Pour cela, il faut une forte participation et que tout le monde revienne devant les urnes. Pour une fois, il faudra que tous ceux qui pensent à peu près pareil, notamment dans le camp patriotique, arrivent à faire cette union qui nous permettra d’avoir une majorité pour gouverner. Il faudra arrêter avec la division qui donne systématiquement le pouvoir à nos adversaires.

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