Editoriaux - Société - 11 septembre 2019

Craignant d’être sexiste, le Monopoly se veut maintenant sexy !

J’ai passé le Noël dernier dans un joli petit chalet du Mercantour avec la famille et une ribambelle de « chicouf » (1). J’aime ce mot entré récemment dans mon vocabulaire et qui dit tout du casse-tête aigre-doux des grands-parents au moment des vacances scolaires…

Et donc, entre chocolats chauds, pain d’épices et feu de bois, nous avons joué des heures durant au… Monopoly, bien sûr, version à l’ancienne, indémodable valeur sûre déposée devant l’âtre par le père Noël.

Mis à part les francs devenus des euros, j’ai retrouvé là le jeu de mon enfance, « Allez directement en prison, ne passez pas par la case départ, ne recevez pas 20.000 francs »… Deux maisons vertes sur la rue de Belleville, un hôtel rue de la Paix (ça rapporte !), la Compagnie d’électricité et les gares parisiennes. Bref, tout ce qui faisait rêver la gamine que j’étais, cela comme tant d’autres puisqu’on dit qu’un foyer français sur deux cache un Monopoly dans son placard et qu’il s’en vend toujours 500.000 boîtes par an !

Toutefois, le capitalisme à la papa, et même grand-papa, en indispose certains. Trop facile, pas moral, tout ce pognon donne de vilaines idées aux enfants qui pourraient, demain, se prendre pour Donald Trump ou George Soros. Il est vrai que le bonhomme à haut-de-forme qui trône au centre du plateau a des allures d’oncle Picsou, alors la firme de Charles Darrow a décidé de rajeunir les cadres.

C’est L’Express qui rétablit la vérité sur ce rêve américain trop beau pour être vrai. En effet, si la légende veut que « Charles Darrow, un ingénieur américain happé par le chômage, en ait bricolé le prototype sur une toile de jute, avec des petites maisons découpées dans les planches d’un chantier tout proche et des pions improvisés avec les breloques du bracelet de sa chère épouse », puis, devant le succès de sa fabrication artisanale, ait revendu les joujoux au géant Parker Brothers, devenant ainsi un milliardaire à gros cigare, il semble que la vérité soit ailleurs… L’auteuse, comme on dit aujourd’hui, serait en réalité Elizabeth Magie, « une austère quaker de Pennsylvanie » qui, tout au contraire, « prétendait dénoncer les méfaits de la spéculation immobilière ». Ce qui est, convenons-en, moins vendeur pour le rêve américain.

Donc, nous « Monopolysons » partout ou presque sur notre ronde planète. Depuis 1935 ont été vendus 275 millions d’exemplaires du jeu, dans 26 langues, glorifiant nos capitales (ou pas). Belle réussite. Et belle adaptation. Seul Cuba continue d’interdire la vente de cette perversion satanique.

Mais le Diable, justement, se niche dans les détails, et Hasbro (l’éditeur) a décidé de féminiser son jeu, histoire de participer à la grande entreprise de lutte contre les inégalités. Le nouveau Monopoly, présenté mardi à la presse, a troqué le boursicoteur pour une demoiselle blonde chapeautée façon Marlène Dietrich. Cette « Mme Monopoly a pour mission d’investir dans les entrepreneuses et inventeuses : les joueurs n’achèteront pas des maisons ou des immeubles mais des innovations créées par des femmes comme le WiFi ou le chauffage solaire », explique l’éditeur. Surtout, pour compenser les écarts de salaires de nos entreprises machistes, « les femmes recevront une somme un peu plus importante au début du jeu et à chaque fois qu’elles passent sur la case “départ” ».

Enfin, dernière innovation, les pions traditionnels sont remplacés par un cahier, un avion d’affaires ou une montre. On a de justesse évité le poudrier, le tube de rouge à lèvres et la boîte de tampons périodiques.

Bien sûr, la démarche de la firme Hasbro est totalement désintéressée et « Mme Monopoly a été créée pour inspirer tout le monde, jeunes et moins jeunes, en mettant en lumière les femmes qui ont défié le statu quo ». Pas du tout pour pousser à la consommation en surfant sur la vague féministe.

(1) Traduction pour les néophytes : Chic ! ils arrivent – Ouf ! ils repartent.

À lire aussi

Nos enfants ne savent plus écrire : il paraît que ça leur fait mal aux doigts !

Vous me direz que, dans un temps où l’on n’ose plus demander aux gamins de quitter la casq…