Décidément, une certaine gauche semble avoir quelques problèmes avec le féminisme. Avec les femmes de gauche, il est inclusif et bienveillant ; avec celles de droite, il est tout simplement grossier. La preuve par cet échange au conseil municipal de Paris, entre Ian Brossat, adjoint au maire, et Rachida Dati, chef de file de l’opposition. Ian Brossat à Rachida Dati : « C’est moi qui parle. Quand j’étais prof à Sarcelles, les élèves se taisaient, donc, vous devez faire pareil. » Et le même de poursuivre : « N’importe qui sait, dès l’âge de huit ans, que quand on parle, on n’interrompt pas, quels que soient le lieu et l’endroit. […] Je m’en fous, je m’en fiche, je n’en ai rien à faire. Vous n’êtes pas là pour raconter votre vie ! »

S’adresse-t-on ainsi à une femme ? À un ancien garde des Sceaux ? Il semble que oui, quitte à la renvoyer à ses origines ethniques et sociales en évoquant Sarcelles. Voilà qui rappelle les heures les plus sombres de la gauche, quand le chanteur Renaud, dans « Miss Maggie », assurait : « Moi, je me changerai en chien. Et comme réverbère quotidien, je m’offrirai madame Thatcher. » Une ritournelle qui n’avait pas affolé plus que ça les féministes d’alors, pas plus qu’aujourd’hui, quand des dessinateurs poussent la bienveillance inclusive jusqu’à caricaturer Marine Le Pen en étron. Comme quoi il doit y avoir femme et femme.

On remarquera que, dans le cas de Renaud ou de Ian Brossat, il y a un évident mépris de classe, ces deux hommes appartenant à la haute bourgeoisie, au contraire de Rachida Dati, enfant d’immigrés, et de Margaret Thatcher, fille d’épicier. On le savait pour Renaud. Son père Olivier Séchan a fait partie de La République des Lettres germanopratine durant l’Occupation tout en travaillant pour Radio-, organe médiatique assez peu résistant. Quant à Ian Brossat, s’il met en avant son passage à Sarcelles en tant que professeur, il se vante moins d’être, lui aussi, né avec une cuillère en argent dans la bouche.

Son père est professeur de philosophie à l’université de VIII. Sa mère est sociologue à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Puis, après une prépa au lycée Henri-IV, il est reçu à l’École nationale supérieure de Lyon où il décroche un doctorat de lettres modernes et un DEA en littérature comparée. Bref, s’il adhère au PCF en 1997, ce n’est pas exactement en tant qu’ancien cheminot. Nos communistes n’étant manifestement plus ce qu’ils furent propulsent Ian Brossat tête de liste aux européennes de 2019, achevant de ridiculiser, s’il en était encore besoin, la place du Colonel-Fabien, puisqu’il ne recueille que 2,49 % des suffrages.

À croire que les ultimes reliquats de ce qui fut jadis le parti de la classe ouvrière n’ont pas goûté son mariage avec un professeur de mathématiques de classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand. Soit une assez jolie forme de reproduction des élites, pour reprendre la terminologie chère au défunt sociologue Pierre Bourdieu. Vive la sociale, en d’autres termes.

Si ne communique pas sur les mauvaises manières qui lui sont faites, ses camarades de LR s’en chargent. Aurélien Véron pointe « l’arrogance habituelle frisant le racisme » de Ian Brossat. Valérie Pécresse assure à Rachida Dati tout « son soutien », ce qui ne mange pas de pain. affirme : « Aucun désaccord politique ne peut justifier ces attaques indignes d’un élu de la République », tandis que le groupe Changer Paris, celui de Rachida Dati au conseil municipal, dénonce « l’absence d’Anne Hidalgo » et « les propos stigmatisants et discriminatoires tenus par son adjoint dans l’Hémicycle ».

Interrogé par Le HuffPost, Ian Brossat considère ces accusations de mépris de classe « grotesques ». « Il se trouve que j’étais professeur à Sarcelles, uniquement, j’ai eu un poste fixe. Si j’avais été prof dans le 7e, c’est ce que j’aurais cité », explique-t-il, précisant : « J’ai toujours entretenu de bonnes relations avec Rachida Dati, je la respecte et je l’estime. » On n’ose imaginer la scène si les relations avaient été tendues…

 

 

14 octobre 2021

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