Editoriaux - 26 décembre 2018

Conte de Noël : Lilith, de Jules Lemaître

Qu’est-ce que l’esprit de Noël, la magie de Noël ? C’est peut-être, le temps d’une lecture, retrouver son âme d’enfant.

Boulevard Voltaire propose, pour nous y aider durant ces quelques jours, une sélection de contes de Noël.

Aujourd’hui Lilith, de Jules Lemaître (1853-1914), choisi et mis en forme par notre ami Antoine de Lacoste.

Lilith est la fille du roi Hérode, celui qui ordonna le massacre des bébés de Bethléem, par peur du nouveau Roi qui venait de naître et dont lui avaient parlé les rois Mages.

Elle a quinze ans et elle craint pour Hazaël, le petit enfant de sa sœur de lait, qu’elle aime beaucoup. Alors elle va chercher l’enfant et le cache dans sa chambre royale, où personne n’ira le chercher. Mais Lilith est curieuse et veut voir ce petit Messie dont parlent tous les juifs.

Elle convainc les parents d’Hazaël de l’emmener.
Quand ils arrivèrent au lieu où était l’enfant, Lilith fut fort étonnée, car elle s’était attendue à quelque chose d’extraordinaire et de magnifique, sans savoir quoi, et elle ne vit qu’un âne, un bœuf, un homme qui avait l’air d’un artisan, une femme du peuple, belle sans doute, mais pâle et frêle, et pauvrement vêtue, et, dans la mangeoire, sur de la paille, un petit enfant qui lui sembla d’abord pareil à beaucoup d’autres.
Mais s’étant approchée, elle vit ses yeux, et dans ces yeux un regard qui n’était point d’un enfant, une douceur infinie et plus qu’humaine ; et elle s’aperçut que l’étable n’était éclairée que par la lumière qui émanait de lui.
Elle dit à la jeune mère :
– Comment vous appelez-vous ?
– Miryem.
– Et votre petit garçon ?
– Jésus.
– Il a l’air bien sage.
– Il pleure quelquefois, mais il ne crie jamais.
– Voulez-vous me permettre de l’embrasser ?
– Oui, madame, dit Miryem.
Lilith s’inclina, baisa l’enfant sur le front ; et Miryem fut un peu fâchée de voir qu’elle ne s’agenouillait point.
– Ainsi, dit Lilith, ce petit enfant est le Messie ?
– Vous l’avez dit, Madame.
– Et il sera roi des Juifs ?
– C’est pour cela que Dieu l’a envoyé.
– Mais alors il fera la guerre, il tuera beaucoup d’hommes, et il détrônera le roi Hérode ou son successeur ?
– Non, dit Miryem, car son royaume n’est pas de ce monde. Il n’aura pas de gardes ni de soldats ; il n’aura pas de palais ni de trésors, il ne lèvera pas d’impôts, et il vivra comme le plus pauvre des pêcheurs du lac Génésareth. Il sera le serviteur des humbles et des petits. Il guérira les malades, il consolera les affligés. Il enseignera la vérité et la justice, et c’est sur les cœurs et non sur les corps qu’il régnera. Il souffrira pour nous apprendre le prix de la souffrance. Il sera le roi des pleurs, de la charité et du pardon. Il sera le roi de l’amour. Car il aimera les hommes, et, à ceux qui sont tourmentés d’un désir d’aimer auquel la terre ne suffit point, il dira comment leur pauvre cœur trouvera son contentement et sa joie. Il aura d’inépuisables miséricordes pour tous ceux qui, même coupables, auront conservé ce don d’aimer et cette vertu de se sentir frères des autres hommes et de ne pas se préférer à eux. Et sans doute il aura un trône…
– Ah ! Vous voyez bien ! dit Lilith, résistant encore.
– Mais, reprit Miryem, ce trône sera une croix. C’est sur une croix qu’il mourra, pour expier les péchés des hommes et afin que Dieu son père les prenne en pitié.
Lilith écoutait avec étonnement. Lentement elle tourna la tête vers la crèche ; elle vit que l’enfant la regardait, et, sous la caresse de ces yeux profonds, vaincue, elle glissa sur ses genoux en murmurant :
– On ne m’avait jamais dit ces choses.
Et elle adora.
Et depuis longtemps Noun était agenouillée et pleurait.
– Je sais, dit Lilith, en se relevant, que le roi Hérode cherche l’enfant pour le faire mourir. Prenez l’âne (je le payerai à mon maître), et fuyez !

Par les chemins étroits serpentant autour des collines rondes, Jésus et sa mère, et Joseph, et Lilith, et Noun, et l’âne arrivèrent dans la plaine.
– C’est ici, dit la princesse, qu’il faut que je vous quitte. Je suis la princesse Lilith, fille du roi Hérode. Souvenez-vous de moi.
Et, pendant que Miryem, montée sur l’âne que conduisait Joseph, et tenant Jésus dans ses bras, s’éloignait par le chemin de droite, Lilith suivait des yeux, dans la nuit, l’auréole qui entourait le front divin du petit enfant.

Et juste au moment où, derrière un bois de sycomores, la pâle lumière mystérieuse disparaissait, voici que par le chemin de gauche apparut, avec un bruit de chevaux, des froissements de fer et des lueurs rapides de casques sous la lune, l’escadron des soldats romains marchant vers Bethléem…

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