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Editoriaux - Politique - Société - 6 avril 2020

Consulter pour le jour d’après

« Le jour d’après », c’est un brin théâtral, comme expression, mais ça interpelle grave, diraient des jeunes. Bien sûr, nous espérons tous des lendemains qui chantent une belle mélodie et aussi rapidement que possible, même si l’après-confinement nous obligera peut-être à porter les masques dont le bon de commande est bloqué à quelque échelon ministériel. Et même si les dégâts sur notre économie, notre système de santé et ce qui reste de la cohésion nationale ne peuvent être évalués à ce jour, il serait opportun de se poser les bonnes questions, celle du cap étant la première et celle de la vitesse la seconde.

58 députés (en majorité République en marche, quelques MoDem, socialistes, centristes et électrons libres) ont lancé une initiative pour collecter les avis des citoyens sur une plate-forme Internet sur onze sujet principaux (santé, travail, consommation, solidarité, éducation, numérique, démocratie, territoires, Europe, bien commun, financement). Cette plate-forme ressemble à celle mise en ligne pour les États généraux de la bioéthique : chacun peut formuler ses propositions. En outre, il est offert de pouvoir commenter, questionner et approuver chaque proposition. Elle a été ouverte le 4 avril et doit rester accessible pendant un mois. Des ateliers en ligne sont prévus, ainsi que la possibilité de bâtir des projets concrets, même si c’est encore un peu nébuleux.

Deux bonnes surprises : La République en marche aurait-elle abandonné son sectarisme et, surtout, son arrogance ? Il est permis de s’interroger, elle ne craint pas de s’associer à d’autres députés que ceux du MoDem seuls, et elle avoue ne pas savoir quoi faire. Et, surtout, voir un thème intitulé « bien commun » surprend et réjouit : avec un Parlement si zélé à éradiquer tout ce qui entrave la confrontation directe entre l’individu et le marché, il faudra se montrer pédagogue et patient pour que tous comprennent le concept…

Il ne semble pas qu’une méthodologie de dépouillement ait été déterminée et décrite publiquement pour cette nouvelle consultation. Tous les matous échaudés par le grand foutage de gueule occasionné lors des États généraux de la bioéthique, détournés et confisqués avec brio par le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE), craindront d’être possiblement plongés derechef dans cette eau glaciale. Est-ce une raison pour s’abstenir ? Bien sûr que non ! Comme la liberté de la presse qui s’use si l’on ne s’en sert pas, ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule…

Plus sérieusement : bien sûr qu’il y aura du déchet, beaucoup de déchet dans les propositions soumises, y compris une surabondance de loufoqueries, mais trop de menaces pèsent sur la liberté d’opinion et d’expression pour ne pas saisir la parole à chaque fois que c’est possible. L’exprimer de façon constructive et non polémique montrera la volonté de rebâtir ce que des décennies d’incurie ont abîmé, y compris ce lien social déchiré comme un drap de pauvre. En cette période de confinement où certains disposent de plus de temps, il serait malséant de ne pas en profiter. Et si une prise en compte honnête des suggestions est un objectif trop ambitieux, souvenons-nous de cette sagesse (apocryphe ?) de Willem van Oranje : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. ».

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