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Audio - Editoriaux - Entretiens - 6 avril 2020

Nicolas Dhuicq, après l’attentat islamiste de Romans : “Ce n’est pas parce que l’on vient d’une zone où règne la misère qu’on est automatiquement animé des meilleures intentions”

Nicolas Dhuicq, ancien député, maire de Brienne-le-Château mais aussi docteur psychiatre, réagit après l’attentat de Romans-sur-Isère.

 

Abdallah Ahmed-Osman, le réfugié clandestin soudanais qui a agressé et tué des passants au hasard dans la ville de aurait souffert du confinement. Il aurait été aigri par le confinement, ce qui expliquerait son passage à l’acte malgré des références évidentes à l’islamisme. Le confinement peut-il justifier un tel passage à l’acte ?

Absolument pas, naturellement. L’explication paraît particulièrement oiseuse et comique, si cela n’était pas aussi tragique et s’il n’y avait pas eu mort d’homme. Cela ne peut absolument pas justifier un tel acte.

Il était décrit comme timide, souriant, aimable et très discret. Le voisin idéal… Mais finalement, cela se termine en Allah akbar et en attentat. Tous les attentats commis sur le sol français semblent avoir tous exactement le même scénario…

Cela doit nous rappeler à plusieurs principes de réalité. D’abord, permettez-moi de rappeler que la lutte contre l’islam radical politique devrait se faire sur trois axes. Le premier axe est une question de politique étrangère. Il faut se souvenir en particulier que nous devrions plutôt appuyer ceux qui, en ce moment, mènent une véritable guerre contre les islamistes plutôt que de systématiquement les critiquer sans comprendre ce qui se passe sur le terrain. Je pense à l’armée syrienne avec l’appui russe.
Le deuxième axe est civilisationnel et beaucoup plus profond. Il faut absolument réenchanter le monde et réenseigner le roman national à tous les enfants dans ce pays, pour qu’ils tirent une fierté d’être Français. C’est alors qu’ils se nourriront profondément et pourront s’ouvrir aux autres et non pas de faire une bouillie pseudo-humaniste de pacotille, avec des discours d’ouverture à des personnes qui, pour une grande partie d’entre eux, n’ont rien à voir avec le conflit syrien. Je parle des personnes qui sont arrivées ces dernières années sur le territoire de l’ et dont une partie peut très bien être des agents dormants ou des gens qui sont dans ce qu’on appelle la taqîya. Par cette dissimulation, ils pourraient très bien chercher à poursuivre ce but politique qui consiste à établir sur la planète un nouveau califat, dans ce rêve complètement fou d’un retour aux temps rêvés autour du prophète. Beaucoup d’ouvrages sur la mort du prophète, sur les premiers califes et les ouvrages d’Adonis sur la violence de l’Islam devraient être lus par nos responsables politiques qui sont malheureusement totalement incultes.
Le troisième axe est beaucoup plus pratique. Ce serait d’avoir moins de naïveté et de sélectionner davantage les personnes à l’entrée du territoire national. On pourrait se souvenir que ce n’est pas parce que l’on vient d’une zone de conflit ou d’une zone où règne la misère qu’on est automatiquement animé des meilleures intentions du monde. Il serait bien de cesser de psychologiser à outrance.

Le confinement aggrave-t-il les pathologies des personnes souffrant de troubles psychiatriques ?

J’aurais trois niveaux de réflexion concernant cette question. Tout d’abord, je voudrais rappeler la grande abnégation et le grand travail effectué par les unités d’hospitalisation en psychiatrie. Leurs moyens sont comme toujours insuffisants. Je rappelle que la schizophrénie touche 1 % de la population générale. Toute famille peut être touchée. Pour la minorité de ces patients qui ont besoin de vivre à l’hôpital et ne peuvent pas vivre ailleurs, nous manquons de lits et de moyens. C’est très difficile pour eux, car ils ne peuvent plus pratiquer leurs activités habituelles et n’ont pas forcément les moyens psychiques de comprendre ce qui se passe, d’autant plus que les soignants portent des masques et pas eux. C’est donc très angoissant pour eux.
Le deuxième niveau de réflexion est celui des personnes plus fragiles qui sont contraintes au confinement. Même pour une personne solide qui vit dans 40m2 dans une banlieue sans possibilité de sortir avec deux enfants qui ont besoin d’être occupés, c’est évidemment très difficile. De ce fait, on peut donc craindre des décompensations en terme médical et la résurgence du fait de l’espace de conflits intra-familiaux qui étaient jusqu’à présent atténués.
Je tiens au troisième niveau de réflexion. Ce n’est pas pour autant qu’il faut absolument rentrer dans cette espèce de discours pseudo-humaniste qui consiste à créer des numéros d’urgence dans tous les sens. D’abord, nous n’avons pas assez de soignants et en plus cela n’est pas un exosquelette, comme pour la sécurité c’est-à-dire plus de policiers et plus de psychiatres, qui va remplacer l’absence de structures et de solidarité interne dans nos populations. On revient une nouvelle fois à la question culturelle. Il faut avoir des programmes exigeants intellectuellement aux heures de grandes écoutes sur les services publics de radio et de télévision. Il faut éviter d’abrutir notre population et de lui faire croire qu’elle peut avoir une satisfaction immédiate de tous ses besoins. C’est une grande politique culturelle qu’il faudrait mener.

On dit souvent qu’il y aura un avant et un après l’épidémie de coronavirus. Cet attentat nous rappelle les faiblesses de nos sociétés, avec l’absence de frontière ou de contrôle, et la délégation de nos services publics, comme la fabrication de médicaments ou la sécurité. À l’issue de ce confinement, notre société pourrait-elle changer ?

Depuis plusieurs années, une de mes préoccupations est celle de la politique des médicaments génériques. Finalement, cela encourage nos entreprises à ne faire que des copies, car elles n’ont pas forcément les moyens en investissement et en recherche. On revient à la question du plan tel qu’il était pratiqué en France auparavant. Je pense que mon ami Henri Guaino en parlerait plus savamment que moi.
Nous revenons aussi à la question des indicateurs économiques qui sont remis en cause, comme le produit intérieur brut qui a été inventé à la demande du président Roosevelt, au moment de la grande crise économique aux États-Unis pour mesurer les effets de la crise. On voit beaucoup d’économistes remettre en question son bien fondé. Cela revient surtout à considérer que tout ne peut pas être donné au marché. Dans ce que vous avez évoqué, il y a le principe d’externalisation qui a touché également nos armées. Je donne un exemple pour l’armée britannique qui en est revenue. Lorsque les obus tombent, un médecin militaire reste. En revanche, un médecin civil sous contrat s’en va et démissionne. Nos surveillants de l’administration pénitentiaire ont vu pour les transfèrements des sociétés privées prendre les contrats pour transporter les prisonniers. Il y a quelques années, des surveillants ont failli être tués parce qu’ils étaient seuls à l’arrière avec un détenu extrêmement violent qui a essayé de les saigner littéralement. Le chauffeur n’étant pas de l’administration pénitentiaire, il n’était ni armé ni capable d’intervenir. Cette crise doit nous faire revenir au régalien, à la remise en cause des indicateurs économiques et faire changer la vision de la croissance et de l’exploitation des matières premières. C’est un sujet très vaste. Je crains que l’actuel gouvernement ne soit pas équipé psychologiquement et intellectuellement pour le faire.

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