Le régime capitaliste, qui a fait la preuve de sa supériorité sur tous les régimes collectivistes, a connu trois grandes phases. La première, celle du « capitalisme sauvage » au XIXe siècle, permit la première révolution industrielle mais engendra simultanément la misère ouvrière et une première explosion des inégalités sociales. La deuxième phase, pendant la plus grande partie du XXe siècle, fut celle d’un « capitalisme civilisé », coïncidant avec la deuxième révolution industrielle : l’extension des syndicats et l’intervention de l’État assuraient la protection sociale, cependant que le patronat comprenait l’intérêt d’augmenter les salaires (le fordisme). La troisième phase, amorcée dans les années 80, et qui connait sa généralisation au XXIe siècle pendant la troisième révolution industrielle, est celle d’un « néocapitalisme » qui accroît de nouveau les inégalités.

Ce nouveau régime repose d’abord sur une systématique au nom d’un libre-échange intégral, ignorant toutes les distorsions sociales, monétaires et environnementales. Il engendre ainsi une délocalisation qui pénalise les salariés d’ occidentale et d’ du Nord. Simultanément, au niveau mondial, d’énormes entreprises transnationales, les GAFAM, exercent un quasi-monopole dans les activités numériques. Enfin, et surtout, l’élément-clé est un nouveau mode de gestion des entreprises (augmentation constante des pouvoirs des actionnaires dans les sociétés cotées, aucun contre-pouvoir n’y étant opposé).

Dans ce « néocapitalisme », le rôle essentiel est joué désormais par d’énormes fonds d’investissement, tels que BlackRock, qui ne recherchent que l’élévation des bénéfices des entreprises en jouant constamment sur leur rachat ou leur démantèlement. Alors que l’ réelle stagne dans beaucoup de pays, on observe une hypertrophie de la finance spéculative, avec la multiplication des produits dérivés et des effets de levier. Une superclasse mondiale abrite des fortunes gigantesques dans les paradis fiscaux afin d’échapper à toute solidarité nationale. L’explosion actuelle des inégalités sociales conduit ainsi le néocapitalisme à sa perte.

Pour y remédier, la solution n’est pas d’élever encore les transferts sociaux. Outre la suppression des droits de succession sur les entreprises, il faut démultiplier la participation des travailleurs à leur capital afin qu’ils puissent peser efficacement sur sa gestion. Il faudrait ainsi que la participation des travailleurs aux bénéfices fasse exclusivement l’objet d’une attribution gratuite d’actions ou de parts, bloquée jusqu’à la fin de la carrière. Pour permettre une diversification des risques, chacun devrait alors pouvoir en céder une fraction plus ou moins grande à une forme mutualisée de placement, gérée par les travailleurs eux-mêmes, organisés par métier. Cette forme de capitalisation offrirait en même temps un complément utile à la retraite par répartition.

20 novembre 2021

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