Le conseiller régional de la région PACA, Olivier Bettati, analyse la fracture idéologique entre et comme emblématique de celle qui divise Les Républicains, entre un homme qui incarne vraiment la droite et un autre, carriériste, qui vient d’inventer “la droite de gauche”.

Il semblerait que le torchon brûle entre Éric Ciotti et Christian Estrosi.
En tant que Conseil régional de la Région PACA, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce conflit ?

La fracture idéologique que connaissent les LR aujourd’hui s’incarne dans les rapports qu’entretiennent ces deux hommes.
Ils ont commencé leur carrière ensemble il y a 30 ans. Ils s’affrontent aujourd’hui à la fois sur le fond et sur la forme. Ils le feront donc probablement lors des prochaines élections.

Je les connais bien tous les deux. C’est un peu qui de la poule ou de l’œuf a été le premier. Quand Christian Estrosi est devenu député grâce au soutien que lui avait apporté Jacques Médecin, il a engagé Éric Ciotti.
À cette époque, Estrosi était incapable de dire deux mots. C’est Ciotti qui lui a appris à parler au micro, à rédiger un discours qu’il lui a préparé d’ailleurs pendant longtemps. Ce couple a bien fonctionné pendant des années.
La rupture a eu lieu progressivement. Elle a commencé de manière un peu chaude quand Christian Estrosi est devenu maire de Nice et président de la Métropole. Eric Ciotti était lui-même devenu président du Conseil général. Christian Estrosi a rapidement creusé des trous dans le budget de la métropole. Lorsqu’il en devient le président en 2016, de 142 millions l’endettement est de 1,238 millions aujourd’hui.
Déjà à l’époque il vidait les caisses du conseil général pour combler les dettes abyssales qu’il commençait à creuser. C’est alors que Ciotti avait refusé. Tout a commencé à ce moment-là.

J’imagine que le rapprochement entre Christian Estrosi et Christophe Castaner n’a pas amélioré la situation ?

Après la technique financière, c’est là qu’intervient la coupure idéologique. Il faut bien comprendre que la seule idéologie de Christian Estrosi, ce qui l’intéresse, c’est lui. Le reste n’est pas important. Alors que Ciotti est réellement quelqu’un de droite.

Au soir du premier tour des élections régionales, Christian Estrosi fait le plus mauvais score qu’un candidat de droite ait fait aux Régionales depuis que les élections régionales existent. Dans la nuit, totalement paniqué d’être battu par Marion, il va, grâce à Castaner, attendre que le PS retire sa liste. À partir de là, il devient subitement un homme de gauche, alors qu’il avait fait toute sa carrière plutôt dans l’aile droite des Républicains. Jean-Marie Le Pen racontait même sur son blog que Estrosi avait essayé avec lui de dealer la Région à l’époque du RPR en 1992.
Quand aujourd’hui il se drape dans l’anti-Front national, cela ne représente finalement que ce qu’il est, c’est-à-dire un arriviste. Il se donne désormais l’image de l’homme de centre gauche, le gaullisme social. Il est allé jusqu’à inventer la droite de gauche.

Tout cela a créé une rupture idéologique avec Ciotti.
Elle a fini par apparaître au grand jour à l’occasion des élections législatives. Christian Estrosi a alors fait ouvertement campagne contre Éric Ciotti. C’est de notoriété publique. Les gens d’Estrosi collaient les affiches pour la candidate de La République en Marche ! Quand le ministre de l’Intérieur est venu la soutenir, il les a reçus à la mairie de Nice.

En parallèle, dans l’autre circonscription niçoise, l’ancienne d’Estrosi, La République en Marche ! n’a pas mis de candidat en face de la jeune Marine Bernier qui risquait de perdre. Cela lui a permis de “sauver ses fesses” alors qu’elle était très légère et risquait d’être battue. Elle fait aujourd’hui partie des Constructifs.

C’est donc un vrai combat idéologique entre un homme de droite qui s’assume et quelqu’un qui tourne avec le vent et qui espère, grâce à , sauver son poste de président de la Métropole et de maire de Nice.

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