Cinéma : Winter Break, une comédie dramatique incontournable pour Noël

Winter break

Chaque année, dans nos salles de cinéma, sortent pour Noël des films de circonstance, souvent de qualité médiocre. Nous en cherchions un désespérément à conseiller à nos lecteurs, qui ne soit ni mièvre ni potache. Exit, donc, Noël joyeux, parfait étron cinématographique dont on se demande bien quelles ont été les motivations initiales du scénariste… Bien plus finaud, plus drôle et émouvant à la fois, Winter Break, d’Alexander Payne, a retenu notre attention.

Le film se situe en Nouvelle-Angleterre, au début des années 70, dans un établissement d’enseignement privé pour garçons. Monsieur Hunham, professeur d’histoire antique féru de pensée stoïcienne, est contraint de rester sur le campus pendant les vacances de Noël afin d’assurer la surveillance de cinq élèves qui n’ont pas pu rentrer chez eux pour diverses raisons. Un véritable calvaire pour ces derniers dans la mesure où leur professeur, traditionaliste exigeant et particulièrement aigri par la baisse de niveau scolaire des jeunes générations, compte bien les faire travailler. Parmi ces élèves, Angus semble se démarquer. Meilleur élève de sa classe, doté de réelles capacités intellectuelles, il n’en est pas moins rétif à l’autorité et s’accroche régulièrement avec l’un de ses camarades. Lorsqu’au fil des vacances, Angus finit par se retrouver seul avec monsieur Hunham et la chef-cuisinière, endeuillée depuis peu par la mort de son fils tué au Vietnam, l’élève et le professeur commencent à s’apprivoiser…

Sorte de patchwork entre Merlusse, de Marcel Pagnol, et Le Cercle des poètes disparus, de Peter Weir, Winter Break possède un charme fou. Assez convenu dans son travail de caractérisation des personnages et dans son évolution narrative, le film d’Alexander Payne brille par sa mise en scène intimiste et mélancolique, par son jeu d’acteurs, son cadre enchanteur, ses dialogues ciselés et son humour pince-sans-rire. Formant un trio magnifique, nos trois accidentés de la vie cherchent, tant bien que mal, un modus vivendi et tentent de tirer profit de la situation. L’expérience, en effet, pourrait s’avérer enrichissante : rebattre les cartes dans la vie du professeur et permettre à l’élève d’acquérir ce qui lui manque de maturité afin d’être en mesure d’exploiter pleinement son potentiel.

Récit initiatique mâtiné de stoïcisme romain – les références aux Pensées de Marc Aurèle sont légion –, Winter Break confronte des personnages en souffrance qui, à défaut de s’y complaire, finissent par aller de l’avant. « Les destins conduisent celui qui veut, ils traînent celui qui ne veut pas », nous dit Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, une leçon que monsieur Hunham aura mis des années à assimiler.

À ce rôle de professeur désabusé, Paul Giamatti insuffle suffisamment de relief pour nous faire oublier qu’il découle fondamentalement d’un stéréotype, tandis que le jeune Dominic Sessa livre une prestation absolument bluffante laissant augurer pour lui un bel avenir au cinéma – c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

À voir en famille.

5 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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