Une Salade grecque avariée signée Cédric Klapisch

film salade grecque

Film emblématique de la génération Y – née entre 1980 et 2000 –, L’Auberge espagnole, en son temps, contribua très largement à installer dans les consciences l’idée d’une mondialisation (forcément) heureuse en faisant la promotion du programme universitaire Erasmus qui organise, chaque année, l’échange de milliers d’étudiants européens – la France, à ce propos, serait le premier pays d’envoi, devant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.

Véritable succès à l’international, le film de Cédric Klapisch connut deux suites : Les Poupées russes, en 2005, puis Casse-tête chinois, en 2013. Réalisé plus de dix ans après l’original, ce dernier opus abordait, sans trop se mouiller, les côtés moins reluisants de la mondialisation : travail au noir, mariage blanc, et éclatement familial. Un constat sans doute trop amer au goût de Klapisch pour constituer une conclusion satisfaisante à son histoire.

Car désormais, il faudra ajouter à la saga un mini-feuilleton en huit épisodes, Salade grecque, sorti le mois dernier sur Amazon Prime Video.

Le récit suit Tom et Mia, les enfants de Xavier (Romain Duris) et Wendy (Kelly Reilly), héros des films, relégués désormais au rang de personnages secondaires. Les deux jeunes, en effet, viennent de toucher un héritage de leur grand-père maternel : un immeuble insalubre mais bien situé, au cœur de la ville d’Athènes. Tandis que Tom rêve de le revendre pour financer avec sa copine un projet juteux de start-up bobo-écolo, sa sœur Mia se met en tête d’y héberger clandestinement l’association d’aide aux migrants pour laquelle elle officie depuis plusieurs mois. Entre-temps, les deux font la connaissance des occupants effectifs de l’immeuble, un petit groupe d’étudiants venus des quatre coins de l’Europe. De jeunes colocataires plus ou moins délurés dont le mode de vie fait évidemment écho à L’Auberge espagnole et dont la présence, manifestement, est un frein aux projets respectifs de Tom et Mia…

Comme d'habitude chez Cédric Klapisch, le récit va jongler, au total, avec une quinzaine de personnages aux caractères bien définis et livrer son lot de quiproquos et de situations cocasses. Un sac de nœuds comme seul le cinéaste en a le secret, plutôt bien agencés d’un point de vue scénaristique, mais souvent desservis par un jeu d’acteurs aléatoire.

Le premier film vantait la fraternité par-delà les nationalités, le second célébrait l'amour par-delà les frontières, le troisième se frottait aux aspérités de la mondialisation. La série, elle, choisit clairement d’assumer ces dernières, qu'importent les conséquences auxquelles les peuples auront à faire face sur le long terme… Le glissement sociologique des héros – passés de la classe moyenne dans les films originels à la bobocratie transnationale puante et pleine de fric dans Salade grecque – explique l’imaginaire intellectuel et les combats foncièrement bourgeois de Mia (tête à claques) sur l’accueil inconditionnel des migrants, la gourmandise pour la transidentité et l’écologisme dévot et incohérent. Soit les trois totems de la modernité sans lesquels rien n’est possible, de nos jours, dans le petit monde étriqué et stérile de la production audiovisuelle française… Les scénaristes ont cru avisé d'y ajouter, au risque d’alourdir la barque, la complainte habituelle sur les « violences policières » et la « masculinité toxique » ainsi que la délation sur les réseaux sociaux, façon « BalanceTonPorc »… Toutes les cases de la pensée unique sont donc cochées afin de garantir au spectateur de gauche la fausse « coolitude » jeuniste et l’indulgence bienveillante d'un réalisateur grisonnant et dépassé, empressé de jouer les ravis de la crèche face aux évolutions de son époque pour ne surtout pas avoir l’air de passer à côté du progrès…

Néanmoins, reconnaissons au pro-migrant Cédric Klapisch une certaine constance dans l’erreur : n’avait-il pas signé un texte, en 1998, pour réclamer, avec 146 autres professionnels du cinéma, la régularisation de tous les « sans-papiers » qui en faisaient la demande, pour le plus grand plaisir du patronat ?

2 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

14 commentaires

  1.  » l’accueil inconditionnel des migrants, la gourmandise pour la transidentité et l’écologisme dévot et incohérent. Soit les trois totems de la modernité » décrétée par le trio maléfique Schwab-Soros-Gates. Les véritables maîtres du monde (à ce qu’ils croient).

  2. Je n’ai pas vu cette série, mais d’après la description que vous en faites, ce film ne décrit-il pas le résultat d’un lavage de cerveau de nos jeunes, lavage bien orchestré par l’éducation nationale (sans majuscule volontairement) et des médias complices et subventionnés ?
    En effet, je constate combien les jeunes ont intégré sans discuter tous les discours du GiEC, des instances immigrationnistes, et autres légendes.
    Je constate aussi leurs contradictions et paradoxes, eux qui veulent sauver la planète (le climat, comme ils disent), sans remettre en question leur surconsommation personnelle.

  3. Je partage totalement cette analyse, amateur inconditionnel des trois premiers opus, j’ai regardé avec curiosité cette nouvelle serie, mais, dès les premiers episodes , j’ai vite compris que Klapish ( qui n’est derriere la camera que lors de 2 episodes si je ne me trompe…) s’etait laissé seduire par l’esprit bien pensant de la gauche culturelle française, façon Arte , et la degringolade annoncée n’a pas tardée. Le casting (Mia insupportable ) , la mise en scene, les choix scenaristiques, bref, meme les retrouvailles avec quelques protagonistes des trois premiers opus sentent le rechauffé et la complaisance, et je regrette vraiment avoir eté au bout de cette serie, j’aurais preferé rester sur cette image de Xavier, retrouvant Martine sur un trottoir de N.Y. , pour vivre enfin leur passion amoureuse, a la fin de Casse Tete Chinois, car meme cette image, est completement bousillée a la fin de la serie, par les revelations de Xavier , dommage , mais finalement, rien d’etonnant de la part de Klapish.

  4. Si vous parvenez à faire vivre ensemble une carpe et un lapin faites moi signe ……chacun chez soi etc….
    Les bobos gauchos, les utopistes ainsi appelés au milieu du 19ème siècle n’ont pas changés, pire, ils sont devenus dangereux où plutôt aveugles.
    Voyez l’état du pays, ceux qui y viennent pour la plupart ne viennent pas pour vivre à la Française mais pour importer et imposer leurs modes de vie et leur croyance.
    C’est du racisme ? Non, du réalisme. Ouvrez les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

  5. Thierry Le Luron évoquait en son temps « l’emm… »de la rose…Peut-on préciser que la salade de M. Klapisch ne vaut guère mieux ?

  6. On veut nous faire croire qu’un mélange de genre est une sécurité pour le vivre ensemble. On l’apprécie journellement.

  7. Pierre Marcellesi nous met dans une situation difficile: On serait a priori tenté d´appuyer son jugement, mais pour cela il faudrait se farcir un spectacle qu´il considère comme une daube.
    On fait quoi ?

  8. Je ne regarderai donc pas cette salade si un jour elle est diffusée sur les chaînes de la télé classique.

    • Gageons que vous y contribuerez financièrement malgré tout puisque le cinéma français n’existe que par les subventions dont il se repaît. Le contribuable paie sa place deux fois. D’abord pour produire l' »oeuvre » puis pour avoir le droit de regarder dans quoi est passé son argent…

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