[Cinéma] Une affaire d’honneur, la survivance du duel aristocratique

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Nous évoquions récemment à BV le cinéma de Ridley Scott et ses deux succès que furent Les Duellistes et Le Dernier Duel. Deux films à caractère historique qui pointaient à leur façon l’absurdité et la vanité de ceux qui, autrefois, entendaient réparer par les armes l’affront dont ils s’estimaient victimes. Dans Les Duellistes, la rivalité des deux personnages principaux s’entretenait au fils des ans, du Consulat jusqu’à la Restauration, pour un motif initial dont nul, in fine, n’avait plus souvenance. Avec Le Dernier Duel, deux nobles français du XIVe siècle se jetaient dans une ordalie bilatérale, un combat judiciaire, afin de sauver leur honneur dans une sombre affaire de viol, l’accusé ayant à cœur de prouver son innocence quand l’accusateur réclamait justice pour son épouse et (surtout) pour lui-même…

Sur le thème du duel, l’acteur-réalisateur Vincent Perez nous propose aujourd’hui un film tout aussi stimulant et méritant. Nourri d’un solide travail de documentation et de reconstitution d’époque, Une affaire d’honneur dépeint avec détails la survivance des us et coutumes aristocratiques, démocratisés depuis la Révolution à l’ensemble de la bourgeoisie ascendante, à la veille du XXe siècle.

Le récit se situe à Paris en 1887. Pour avoir giflé le colonel Berchère, le jeune Adrien Lacaze est provoqué en duel et vaincu à plates coutures. Son oncle, le célèbre maître d’armes Clément Lacaze, décide alors d’affronter à son tour le colonel et s’attire les foudres d’un ami de celui-ci, le journaliste Ferdinand Massat. Lequel est en conflit ouvert avec la féministe et escrimeuse Marie-Rose Astié de Valsayre. Lacaze et la jeune femme vont donc devoir s’allier pour défendre leur réputation et leur dignité…

Avec son film, le cinéaste Vincent Perez, qui tient également le rôle du colonel Berchère, brosse le tableau d’une époque révolue où la notion d’amour-propre n’était pas à prendre à la légère et où il était naturel, pour un homme injurié ou lésé, de vouloir défendre son honneur. Un état d’esprit auquel nous sommes devenus totalement étrangers après un siècle de guerres mondiales, de développement du consumérisme de masse, de dévirilisation galopante et, surtout, d’immixtion du droit dans les rapports humains. Peu candide, le réalisateur n’ignore cependant pas les excès de l’époque et ne manque pas de souligner l’hypocrisie de ceux qui, comme Berchère et Massat, dissimulaient derrière un vernis de grandeur et de respectabilité la bassesse de leurs inclinations et leur esprit manœuvrier.

Mais, contrairement à Ridley Scott, Vincent Perez se refuse à condamner la pratique du duel en tant que telle, seulement ceux qui, par leur comportement extérieur, en salissaient les principes. En cela, l’honneur de Lacaze et de Valsayre demeure indemne jusqu’au bout.

Porté par des combats magnifiquement chorégraphiés, le récit fait bien quelques concessions au politiquement correct (casting ostensiblement diversitaire façon Netflix, féminisme convenu) et souffre, çà et là, de dialogues un peu trop écrits. Néanmoins, il serait dommage de passer à côté de cette œuvre.

3 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Très bon film ! Les féministes de cette époque avaient toutes les raisons de l’être, il faut savoir que le port du pantalon leur était interdit, de même qu’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation du mari, pas de droit de vote et autres relégations ! Rien à voir avec la détestation de l’homme blanc occidental de nos mégères actuelles ! Pour le reste, époque très bien rendue, magnifiques scènes de duel !

  2. La racaille qui descend de voiture avec l’intention de te casser la figure parce que tu lui aurais soi-disant refusé la priorité tient aussi à venger son honneur. C’est la loi de la cité. C’est l’évolution de la démocratie

    • C’est plutôt la loi de la jungle, évolution normale de la Société lorsque la loi de la Cité n’est plus respectée, même par ceux qui sont chargés de la faire appliquer.

  3. Excellent film. J’irai sans doute le revoir. Ancien escrimeur, mes sabres et mon épée sont, hélas, accrochés au mur !

  4. Je ne supporte plus les films historiques qui introduisent au nom de la diversité des acteurs issus de l’immigration actuelle , NE TOUCHE PAS A MON HISTOIRE !

    • Tout à fait d’accord, notre histoire est principalement blanche, respectons la, lorsque des intervenant étaient allogènes introduisons les. Rien de plus, rien de moins.

    • Vous avez tort : Roschdy Zem est un acteur brillant qui avait accompli la performance d’incarner le général Bertrand dans Monsieur N.

      • La qualité de l’acteur n’est pas en cause , et je remarque que les bonnes âmes s’extasient toujours sur les « performances » des acteurs issus de la diversité , surtout lorsqu’ils jouent le rôle d’un personnage historique Blanc. je ne supporte plus le wokisme . Et pour terminer Fernandel acteur reconnu , était parfaitement ridicule dans Ali Baba !

  5. plus rien de ce rituel de bravoure et de virilité démonstrative à notre époque LGBTQ+, seul le couteau parle pour un mauvais regard…

  6. Hélas les caractéristiques et qualités des vrais hommes sont désormais considérées comme des défauts . Notamment ceux de ‘ l’homme blanc-hétéro-de-plus-de-50 ans’…C’est cela l’inversion. A Rome Vir (Homme mâle) et virtus (vertus) étaient synonymes. Courage, dévouement, honneur , honnêteté, franchise …Vous voyez ça chez nos politiciens ? … Qui …?

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