Cinéma - Culture - Editoriaux - 10 mai 2019

Cinéma : At Eternity’s Gate, la folie contemplative de Vincent van Gogh

Peintre prolixe durant les années 80 et très coté sur le marché de l’art en dépit des critiques assassines dont il a pu faire les frais, Julian Schnabel s’est essayé, dès 1996, à la réalisation de longs-métrages de cinéma. Le premier fut un biopic sur Jean-Michel Basquiat, peintre postmoderne amplement surestimé issu de la mouvance néo-expressionniste à laquelle Schnabel appartint également. Par la suite, cinq autres films virent le jour. Le dernier en date, produit par Netflix, s’intitule At Eternity’s Gate et revient sur le parcours d’un autre artiste bien moins controversé, Vincent van Gogh, depuis son arrivée à Arles en 1888 jusqu’à sa mort à Auvers-sur-Oise deux ans plus tard.

Là où le film de Maurice Pialat et celui réalisé plus récemment par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, La Passion Van Gogh, se concentraient exclusivement sur les deux derniers mois de la vie du peintre à Auvers, ce nouveau biopic a pour plus-value l’intérêt qu’il porte à la période provençale. Julian Schnabel nous rappelle à travers elle que l’état de déliquescence psychologique de Vincent van Gogh, incarné à merveille par Willem Dafoe, ne s’est pas fait en un jour et trouve peut-être, en partie, sa source dans la relation destructrice qui le lia à Paul Gauguin, et aux doutes que celui-ci fit naître chez lui lorsqu’il lui rendit visite à Arles.

Si le cinéaste ne nous épargne pas quelques clichés sur l’artiste maudit, incompris et méprisé de tous – à commencer par les enfants qui le prennent pour cible et lui jettent des pierres –, il nous offre deux scènes poignantes qui, à elles seules, valent le coup d’œil : l’une avec le docteur Gachet, campé par le très bon Mathieu Amalric, qui tente de saisir les tourments intérieurs de son patient ; et l’autre avec un prêtre joué par Mads Mikkelsen, qui permet à Vincent van Gogh d’exprimer sa connaissance des évangiles, d’évoquer au passage son aspiration de jeunesse à devenir pasteur et de définir le rapport personnel de l’artiste à Dieu et à la postérité. Une séquence passionnante bien que d’un anticléricalisme gratuit visant, l’air de rien, à railler ces prêtres qui non seulement ne comprennent rien à l’art (forcément…) mais ne connaissent guère davantage les textes bibliques. On reconnaît bien là cette vieille critique éculée portée par le judéo-protestantisme à l’encontre de l’institution catholique.

Bien plus rédhibitoire, selon nous, est l’erreur du cinéaste qui consiste à croire, sans doute par naïveté, que la forme du film doit nécessairement être à l’image de la psyché et de l’œuvre de son personnage principal : segmentée, partielle, elliptique, flamboyante et mouvementée. L’utilisation permanente de la caméra portée (jusqu’à nous en donner le tournis…), les divers floutages de l’écran et l’abus de filtres jaunes lors des plans subjectifs, au lieu de nous faire adhérer à la vision du monde de Van Gogh, nous éloignent autant du personnage que du film. À chasser de la sorte sur les terres de Terrence Malick, Julian Schnabel dessert son récit qu’il plombe de longueurs et ne parvient jamais à atteindre le niveau de contemplation qu’il ambitionne.

On sent, par ailleurs, que le cinéaste méconnaît la Provence, maîtrise mal son imaginaire et ne peut donc, décemment, la mettre en valeur. Sans rien arranger à l’affaire, la musique, omniprésente, se cantonne à souligner ce que montre l’image. Heureusement, le film peut compter sur son casting cinq étoiles composé de Willem Dafoe – certes un peu âgé pour le rôle –, Oscar Isaac, Mads Mikkelsen, Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner ou encore Niels Arestrup pour maintenir notre attention d’un bout à l’autre du récit.

2,5 étoiles sur 5

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