Au fond, mieux vaut en rire. Sous les yeux, la fameuse attestation de déplacement dérogatoire. Enfin, celle qui, je l’espère, est en vigueur à cette heure. Car,on imagine que de nouvelles versions ne tarderont pas à annuler et remplacer la présente. Le contraire serait étonnant, voire dommage. Donc, la fameuse attestation avec les motifs de levée d’écrou. Une sorte d’inventaire à la Prévert dont il ne faut sans doute pas chercher une quelconque logique dans l’ordre de présentation. Enfin, on espère.

Neuf motifs et le tout dernier, tout en bas : le « déplacement pour chercher les enfants à l’école et à l’occasion de leurs activités périscolaires ». Je vous passe la rédaction du motif qu’on imagine faite à l’arrache sur le coin de la table : « chercher les enfants… » « Aller chercher les enfants » eût été mieux, peut-être, non ? Vous faites quoi, Madame Poucet ? Je cherche les enfants. Espérons que vous les trouverez. Mais passons.

Tous les matins du monde, donc, la maman (ou le papa ou la personne habilitée, on imagine) devra penser, entre le petit déjeuner, la toilette des chats et la vérification du cartable, sans compter, avec les mauvais jours qui arrivent, le grattage du pare-brise alors qu’il fait encore nuit, tous les matins du monde, donc, il faudra bien penser à bien remplir sa petite attestation, à la dater, signer, bien comme il faut. Attention : l’effaceur des gamins étant streng verboten. Mais, ma petite dame, faut vous organiser. La veille au soir, au lieu de regarder des bêtises à la télé, vous pouvez préparer votre attestation, non ? Mieux : faites-en un petit paquet d’avance. Pas trop, quand même, car l’attestation, on vous l’a dit, on vous le répète, elle sera probablement modifiée en cours de route.

Donc, si on va chercher les gamins à l’école, on a bon, tout comme pour aller faire pisser le chien autour du pâté de maisons. Vient alors une question : l’école, c’est quoi, au juste ? Les écoles maternelle et primaire, stricto sensu ? Et les collégiens, tous n’ayant pas redoublé quatre fois et donc pouvant être mineurs, on fait quoi ? On les lâche dans la rue, par les temps qui courent ? Sans parler du Tanguy de service, en deuxième année d’HEC (dans « HEC », il y a « école »). Je pose la question. Mais on pinaille, vous me direz. Le problème, c’est que le pinailleur a souvent, aussi, une casquette ou un képi. C’est pourquoi il vaut mieux se poser les bonnes questions, à froid, là, maintenant.

Donc, lundi matin, maman (ou papa ou la personne habilitée), munie de son attestation dûment remplie, va pouvoir se déconfiner par dérogation pour mener ou conduire les enfants à l’école. Vraiment, vous en êtes certain ? Vous ne voyez pas qu'il y a comme un petit problème, si on passe sur la rédaction digne d’un élève de la 6e B ? Quoi encore ? C’est écrit « Déplacement pour chercher les enfants à l’école et à l’occasion de leurs activités périscolaires », pas pour les « mener » ou les « conduire à l’école ». Donc, si on ne peut pas les conduire à l’école, en toute logique, on ne pourra pas aller les chercher, sauf à avoir enfreint la loi pour se conformer à la loi de l'école obligatoire. Ça devient très compliqué. Tout devient très compliqué. Pas du tout si on se dit qu’on est chez les fous. Bonne rentrée quand même.

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31 octobre 2020 à 21:29

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