Charles III

Les gazettes l'ont assez écrit : il ne sera qu'un roi de transition. Pour beaucoup d'entre nous, il restera « le prince Charles ». Pourtant, depuis 48 heures, il est devenu Charles III. Et son premier discours de roi, vendredi soir, l'a effectivement posé en transmetteur, en maillon entre le monument que représente sa mère et l'avenir, incarné par son fils William, qu'il a créé nouveau prince de Galles.

Charles III, dans ce premier discours historique, n'a pas cherché à échapper à ce destin, et c'est certainement une marque de cette royale éducation que d'accepter avec stoïcisme le devoir qui vous échoit. Il a assumé avec une simplicité émouvante son statut de « fils de » : « Et à ma maman chérie, alors que vous entamez votre dernier grand voyage pour rejoindre mon cher défunt papa, je veux simplement dire ceci : merci. Merci pour votre amour et votre dévouement à notre et la famille des nations que vous avez servies avec tant de diligence pendant toutes ces années. »

Et l'héritage de sa mère qu'il a mis en avant et qu'il a fait sien, c'est celui du service. Dans une phrase aussi simple que magique où les temps se télescopent, brouillent les âges et font tomber une goutte d'éternité dans nos pauvres existences : « Cette promesse de service à vie, je vous la renouvelle aujourd'hui à tous. » Elle était bouleversante chez la jeune fille de 1947, elle l'est aussi, différemment, dans la bouche du roi septuagénaire. Quand il évoque les titres qui échoient à William, ce n'est pas l'avenir qui se dessine, c'est tout le passé de Charles que le nouveau roi évoque avec nostalgie : « les titres écossais qui ont tant compté pour moi », « les responsabilités du duché de Cornouailles que j'ai assumées pendant plus de cinq décennies », « prince de Galles, le pays dont j'ai eu le privilège de porter le titre pendant une si grande partie de ma vie et de mon devoir ».

Il y a quelque chose d'un tragique à la Samuel Beckett chez ce prince qui a attendu si longtemps son « God save... » et qui aujourd'hui, le moment tard venu, égrène ses anciens titres comme Madeleine ses souvenirs dans Oh les beaux jours.

Charles a assumé ses bientôt 74 ans, marqués du poids des crises et des rivalités familiales, des drames personnels et planétaires, comme celui du de son ex-épouse. Il a assumé avec simplicité la nostalgie, n'a pas cédé à une com' où la fraîcheur et l'optimisme auraient été artificiels. Finalement, le devoir, le protocole et les rites ont bien des avantages. Ce discours plein de nostalgie d'un déjà vieux roi faisait entendre le ronronnement de la vieille machine de la monarchie. Elle le porte autant qu'il la conduit. Il a fait le job avec son style à lui. Et sans doute sa sincérité. Et puis, à cet âge, on devient peut-être davantage sensible aux chants des anges qu'il évoquait pour sa mère qu'aux guitares électriques des derniers rockers à la mode ? God save the King.

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10 septembre 2022

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12 commentaires

  1. Charles III a eu le temps de se préparer à son nouveau rôle.
    Il reste pour moi une énigme : comment a-t-il pu accepter le mariage avec Diana ? Qui l’a forcé ? Pourquoi ne s’est-il pas opposé, sachant qu’il poursuivait une relation déjà ancienne avec Camilla ?
    Certes il fallait des héritiers de la lignée d’Elizabeth. N’avait-il pas le pouvoir de s’opposer à une décision contrainte et… fatale, au moins pour la Princesse ?

  2. Monsieur Jean Aymar a tout bon dans son analyse du Pouvoir en Angleterre.
    Contrairement à ce qui se passe dans la République de France, l’exercice du Pouvoir y est figé de façon parfaitement républicaine !
    Le Parlement mène les affaires du Pays, le ou la monarque assurent la cohésion de ses ressortissants et représente le Pays de par le monde. Chez nous en France, le monarque qui ne dit pas son nom, notamment le dernier en date, intervient partout, se passe de l’avis de nos Parlementaires et impose ses visions et décisions arbitrairement sous la forme de faux débats et création de Comités en tous genres dont la finalité est de contourner les règles de la Constitution. Ainsi, point de débats mais des décisions sans appel qui lui sont propres.
    Bref le régime politique chez nos voisins Anglais se révèle de beaucoup préférable au notre.
    Puisse un jour notre gouvernance évoluer en ce sens !

  3. Euh,
    tout d’abord, La Reine, d’Angleterre qui plus est n’est pas ma mère.
    Je comprends que sa famille soit triste (et encore, je n’en suis pas certaines pour certains) mais cela ne change pas ma vie, ni ma famille, dont mes enfants pour qui je m’inquiète du futur avec la nouvelle « chef » de gouvernement qui n’a pas peur d’appuyer sur le bouton déclenchant la bombe .

    Mais franchement, faire l »éloge de son fils Charles, franchement.
    Il est aussi progressiste que l’horreur qui gouverne la france, il dit n’importe quoi, genre « « L’Islam fait partie de notre passé et de notre présent, et ce dans tous les domaines de l’activité humaine. Il a contribué à la création de l’Europe moderne […] et a su préserver une vision métaphysique, unifiée, de nous-­mêmes et du monde qui nous entoure. »

    1. Tout à fait d’accord, j’ai du mal avec les commentaires mielleux florissant après le décès d’un des fossoyeurs du monde ou les propos de leur progéniture gaves de progressisme.

    2. Bonjour!J’ajouterai,En quoi cette famille fait-elle preuve de dignité,ELLE qui n’a rien fait,ni rien dit pour protéger les Enfants de Telford et donc défendre SON peuple?Si tant de nos médias qui se vantent d’être républicains,font l’eloge de cette famille ,ne serait-ce pas la volonté de glorifier ce mondialisme,dont le Commonwealth a été le précurseur,pour nous y soumettre chaque jour un peu plus?Admirer cette reine c’est nous amener à honorer notre suicide comme PROGRÈS de l’Humanité.Les larmes qu’On nous demande de verser ,sont celles qui nous aideront à accepter d’oublier notre propre passé.

  4. Très bien analysé . Le Roi est digne . Que peut-on lui demander d’autre ? Dispensé de tout pouvoir de décision , il n’a pas même celui de refuser une loi ni de s’escamoter lui-même le temps qu’elle passe pour n’avoir pas à la promulguer comme firent parfois les souverains du Continent . Ceci n’empêche pas Charles III de figurer comme représentant de l’unité de l’U.K. et même du Commonwealth . Les souvenirs de passés glorieux lient plus les peuples que les projets d’avenir sur lesquels du reste le Roi d’Angleterre ne peut rigoureusement rien .

  5. Feu Sa Majesté, que nous pleurons tous, veille toujours sur sa famille.
    Puisse le rapprochement de ses deux petits-fils se poursuivre au-delà du deuil de leur grand-mère adorée et se transformer en une véritable réconciliation.

  6. La monarchie anglaise nous restitue ce dont nos gouvernements nous ont tant privés depuis des années : le sens de la dignité.

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