Editoriaux - Polémiques - Sport - 11 septembre 2019

Chants homophobes : Noël Le Graët demande de ne plus arrêter les matchs

Arrêter les matchs ou pas ? Les chants qualifiés d’homophobes divisent le monde du foot et de la politique. Lors d’un Nice-Marseille, l’arbitre avait interrompu la partie, suite aux refrains triviaux entonnés par des supporters peut-être convaincus que l’équipe adverse n’était pas composée que d’éléments hétérosexuels. Marlène Schiappa était au bord de la rupture d’anévrisme, les journalistes de Libé et des Inrocks sous assistance respiratoire. Continuer dans ces conditions était impossible. Allez, hop ! douze minutes d’arrêt. Le temps de ranimer Marlène, les chochottes de la presse parisienne, et le jeu reprenait jusqu’au chant suivant… Trois jours plus tard, après 52 arrêts de match, l’une des deux équipes avait terrassé l’homophobie par deux à zéro, suite à une discussion philosophique qui s’était tenue dans la surface de réparation.

Une fiction sans doute redoutée par Noël Le Graët – énorme manitou du football – qui a exprimé sans détour sa volonté d’interrompre les interruptions : « Je n’arrêterai pas les matchs […] Je ne veux pas être pris en otage sur l’homophobie. » La chose est entendue, le boss a parlé. Les joueurs, les spectateurs, l’arbitre et toute la sainte famille resteront sourds aux « Marseille, c’est des pédés », comme ce fut le cas lors de la rencontre évoquée plus haut.

Au micro de francetvinfo, le manitou est un peu embarrassé. Conscient de marcher sur un fil. Par les temps qui courent, la qualification de facho d’esstrême droite vous tombe dessus à la vitesse de l’éclair. Les corps des foudroyés jonchent les plateaux télé. Pas envie d’être le suivant. Pour limiter la casse, Le Graët propose d’interdire les banderoles dès l’entrée des stades. À moins que des lecteurs ne vérifient la bonne tenue des textes ? Un Goncourt de la banderole pourrait être décerné aux plus belles envolées lyriques.

Cessation de match pour des chants faisant allusion à une certaine sexualité des joueurs, c’est non. Mais pour racisme, oui. Noël Le Graët ne peut pas aggraver son cas. On arrêtera. Le gardien suspendra son vol vers le ballon… Figé à un mètre au-dessus du sol, il sourira pour les photographes avant la retombée brutale sur la pelouse.

Pour en finir avec la polémique, ne serait-il pas possible d’imaginer que la mi-temps soit consacrée à un recueillement général en signe de protestation contre les spectateurs possiblement sexistes, homophobes, racistes, transphobes, climato-sceptiques, j’en passe et des meilleures ? Une indignation groupée. Du concentré de réprobation sur un fond musical de J.-S. Bach.

Par ailleurs, le ministre des Sports a remarqué que certains joueurs ne viennent pas s’excuser auprès du gardien après avoir sauvagement envoyé le ballon au fond des filets… Noël Le Graët ne s’est pas encore prononcé sur ce douloureux problème qui entache le monde du football.

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