Le Centre national du et de l’image animée s’est récemment retrouvé, à juste titre, dans le collimateur des élus, et en particulier de Joël Giraud, député LREM des Hautes-Alpes.
En cause, la propension du CNC à financer généreusement, via les crédits d’impôt, toutes sortes de navets sans jamais éplucher les dépenses, que celles-ci soient, du reste, liées aux réalisations à proprement parler ou aux frais de production annexes (restauration, transport, hébergement, etc.).

En effet, selon l’Inspection générale des finances, les crédits d’impôt alloués par le CNC aux films tournés en France sont passés de 131 millions d’euros, en 2016, à 293 millions, en 2018. Un chiffre en constante augmentation.

En plus des crédits d’impôt, rappelons également que le français bénéficie de la redevance, des investissements des chaînes de télévision (contraintes, légalement, d’investir dans le médium), des aides régionales et européennes, des SOFICA (sociétés de financement du cinéma et de l’audiovisuel) et, depuis janvier 2018, de la fameuse « taxe Google » de 2 % sur le chiffre d’affaires des plates-formes de VOD (video on demand) qui tendent, par ailleurs, à se multiplier dans les années qui viennent.

En somme, nous avons là une batterie étatique de financements suffisamment importante pour dispenser les producteurs de d’avoir à composer avec les attentes du public, l’offre n’étant plus dépendante de la demande, et le déficit, en cas d’échec commercial, étant remboursé par les acteurs privés et par les contribuables. À aucun moment les producteurs n’ont à payer les pots cassés de leurs choix artistiques. De là les libertés que prennent certains d’entre eux à nous resservir inlassablement les mêmes drames haussmanniens avec les mêmes comédiens depuis trente ans, ou à produire de connivence avec le CNC des films militants au contenu idéologique largement décrié sur le plan électoral par la majorité des Français.

Résultat : 55 % des films hexagonaux ont été des échecs commerciaux en 2010 ; seuls 20 films sur 200 étaient rentables en 2013 ; et 95 % sortis en 2017 n’ont pas franchi la barre des 50.000 entrées…

Face à ce constat, il est naturel que les députés cherchent, aujourd’hui, à assainir le système d’aide du CNC et à limiter, notamment, l’imputation de certaines dépenses de tournage aux crédits d’impôt. Il y va de la responsabilisation des producteurs.

On rejoindra volontiers, sur ce sujet spécifique de la création artistique, les thèses libérales du président de l’Institut Sapiens, Olivier Babeau, qui préconise depuis 2016 la dissolution pure et simple du système actuel de régulation du cinéma français par l’État, en vue de soumettre les producteurs aux réalités du marché et, surtout, aux attentes du peuple français dont seules les couches métropolitaines et idéologiquement « compatibles » fréquentent encore les salles. Une dissolution qu’il faudrait tout de même conditionner, selon nous, par un protectionnisme intelligent à l’encontre des films venus d’outre-Atlantique dans la mesure où, en 2018, la part de marché du film français était seulement de 39,3 %, contre 45 % de films américains.

L’objectif premier du CNC, qui était de lutter contre la déferlante de films anglo-saxons sur les écrans, étant manifestement un échec – aggravé, de surcroît, par le fait que nous sommes à présent dépendants de la fréquentation des films américains grâce auxquels nous finançons en grande partie le cinéma français –, à quoi bon conserver cet organisme ?

23 février 2019

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