Armées - Editoriaux - Politique - 28 octobre 2019

Ces militaires qui rempilent pour la campagne de France des municipales

Des militaires qui partent aux municipales : une nouvelle qui devrait être une banalité dans n’importe quelle démocratie mais qui semble incongrue dans une République où l’on aime encore jouer à se faire peur avec l’armée. Et pourtant, l’armée est probablement l’un des derniers piliers qui tiennent encore notre République à peu près d’aplomb. La faute à qui ? À Bonaparte, à Boulanger, à de Gaulle, à Pétain, aux généraux d’Alger ?

Napoléon est mort, il y a 198 ans, son neveu Napoléon III, 146 ans, le général Boulanger, 128 ans, Pétain, 63 ans, de Gaulle, 49 ans et Edmond Jouhaud, l’un des quatre généraux du putsch d’Alger, bientôt un quart de siècle. Bref, tout ça, c’est de l’histoire ancienne qui n’intéresse plus les jeunes, comme disait Guy-Hubert Bourdelle dans Papy fait de la résistance !

Or, Le Parisien vient de consacrer un article à « ces militaires qui partent à l’assaut des municipales ». Comme si, au fond, dans l’inconscient de notre pays, le militaire restait cette espèce de citoyen de seconde zone : bon pour se faire casser la gueule sur tous les théâtres d’opérations extérieures, mais gueule qu’il devrait sagement fermer une fois rentré dans la Cité. Il est vrai que la République accorda le droit de vote aux femmes (21 avril 1944) avant de l’accorder aux militaires (17 août 1945). Alors, un militaire, même rendu à la vie civile, qui s’engage en politique, c’est un peu la bête de foire !

La loi est claire, pourtant : les militaires ont le droit de se présenter à une élection. Certes, dans la pratique, la chose est compliquée. Surtout si on est élu. Sauf, peut-être, par les temps qui courent, à être de La République en marche, comme c’est le cas d’une capitaine élue en 2017 députée de Maine-et-Loire…

Mais lorsque Le Parisien évoque ces militaires qui se lancent dans la campagne des municipales, c’est surtout pour évoquer le cas de personnalités ayant quitté le service actif. Même ancien militaire ou général en deuxième section, la chose ne semble pas évidente. Alors que cela devrait être le contraire : être militaire, que l’on soit militaire du rang, sous-officier ou officier, c’est, par essence, s’engager. S’engager au service d’une cause qui dépasse l’individu : le service de la patrie. Or, qu’est la politique, en principe, sinon l’engagement au service de la Cité, au service de ses concitoyens ? Les militaires quittent l’uniforme et le service actif plus jeunes que la plupart des autres serviteurs de l’État, pour des raisons opérationnelles évidentes. En pleine possession de leurs capacités intellectuelles et physiques, quoi de plus normal, alors, que certains poursuivent leur engagement au service de la collectivité ?

Ce n’est pas une nouveauté, mais l’on en parlait peu jusqu’alors. Citons quelques exemples au hasard. Celui d’Alain Nouallet qui fit une carrière de sous-officier et fut maire de Bétête, une commune de moins de 400 habitants dans la Creuse, de 2001 à 2008 sur une liste divers gauche. Ou bien le général de corps d’armée (2S) Jean-Philippe Houdinet, qui termina sa carrière comme commandant en second des forces terrestres, et qui, depuis 2014, est premier adjoint au maire de Châtenois, une commune de moins de 2.000 habitants dans les Vosges. Ou encore le général de corps d’armée (2S) Xavier de Zuchowicz, ancien gouverneur militaire de Paris, adjoint au maire de La Baule depuis 2014, et qui sera tête de liste dans cette même ville en mars prochain.

On pourrait encore citer le général de division (2S) Emmanuel de Richoufftz, qui figurera en mars prochain sur une liste soutenue par le Rassemblement national au Grau-du-Roi, dans le Gard, ou encore le général de corps d’armée (2S) Bertrand de La Chesnais, ancien numéro deux de l’armée de terre, tête d’une liste à Carpentras dans le Vaucluse, liste qui sera, elle aussi, soutenue par le Rassemblement national. Mais l’on pourrait évoquer bien d’autres noms. Et pas seulement des officiers généraux…

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