Ces gilets qui donnent la jaunisse à BHL

Pour Bernard-Henri Lévy, l’échec de la journée gilets jaunes est total. Aucun blocage dans les couloirs du « Crillon », pas un seul gilet fluo dans les vitrines des boutiques de haute couture de l’avenue Montaigne. Quel flop, ma chère ! Il n’y a personne. Peut-être quelques ploucs mécontents par-ci par-là dans ce pays étrange qu’on appelle province, mais est-ce encore la France ? Pourquoi ces zones sauvages ne sont-elles pas classées réserves naturelles ? Nous y organiserions quelque safari amusant avec nos amis.

Pour BHL, les chaînes d’info ont attisé et dramatisé le mouvement. Plutôt que décrire à longueur d’antenne les amendes mirobolantes et les peines de prison encourues par les protestataires, BFM devait tout simplement passer sous silence cet épiphénomène. L’ignorer. Parler de tout ce qui se réchauffe : la planète, le cassoulet en boîte, le bœuf mironton… Les sujets intéressants ne manquent pas.

“Soutien à Macron”, tweete l’ancien nouveau philosophe des années 80. “Soutien à son combat contre le populisme et à la fiscalité écolo.” Plus d’oppression fiscale, moins de peuple ! Ces gens sont beaucoup trop nombreux. Et très mal habillés. Le gilet se porte cashmere et non taillé dans un plastique vulgaire qui n’est pas sans rappeler la tenue des éboueurs. Nous nageons en pleine pestilence !

À l’occasion de ce 17 novembre, les « m’as-tu-vu dans-ma-jolie-pensée » n’ont pu retenir leur dégoût anti-pauvre. Après tant d’années de retenue dissimulée tant bien que mal, le vomi s’est répandu à pleines pages de journaux, a débordé des écrans et des tweets. Ce n’était plus tenable. Le malade risquait la crise de foie, l’encombrement, l’occlusion. Le gilet jaune fut l’omelette de trop, la tarte au citron qui ne passe pas. Ce trop-plein d’écœurement face à ces gens qu’ils ne connaissent pas devait être évacué.

Depuis ce déferlement de mépris, BHL va mieux. Libé aussi. À l’image du coupable qui finit par avouer son forfait, la « first class » a enfin lâché le morceau. « Oui, monsieur le commissaire, nous les méprisons, oui, nous ne sommes pas de leur monde, oui, nous aimerions que le droit de vote leur soit supprimé. Qu’ils crèvent ! Ah oui, monsieur le commissaire, qu’ils crèvent ! »

Dans les films, à ce moment de l’interrogatoire, après avoir signé ses aveux, le forcené est remmené dans sa cellule où il s’écroule, conscient de la lourde condamnation qui l’attend. À l’inverse, BHL et ses congénères ne semblent pas entrevoir la sentence populaire qui ne manquera pas d’être proportionnelle au mépris qu’ils déversent. La jaunisse les guette et ils ne s’en rendent pas compte.

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