Quoi que l’on pense de la création, tant du point de vue de la forme que du fond, dans la mesure où celle-ci ne s’expose pas sur la place publique – genre plug anal géant au cœur de Paris – ou ne s’adresse pas à des êtres fragiles – faire lire Les 120 journées de Sodome, du marquis de Sade, à des collégiens me semblerait une abomination, tant ce livre est un bréviaire de la perversité –, et tout en conservant notre liberté de fustiger ladite création, il me semble dangereux de l’interdire.

C’est pourquoi, respectant, avec l’humilité qui s’impose, les familles des victimes du Bataclan, je regrette cette décision : « France 2 a annoncé, jeudi 28 décembre, avoir “ajourné” un projet de téléfilm, qui doit s’intituler Ce soir-là, portant sur l’attentat au le 13 novembre 2015, et ce tant que son producteur n’aura pas “consulté l’ensemble des associations des victimes” » (). Une décision qui fait suite à une pétition lancée par Claire Peltier, épouse d’une victime de ce massacre, qui demandait de « renoncer à ce projet trop douloureux, par respect pour nos douleurs, pour notre deuil ».

Certes, on peut avancer la trop grande proximité de ce crime de masse – deux ans –, mais ces réticences, dont il ne faut cependant pas ignorer le chagrin qu’elles contiennent, sont contre-productives en ce sens qu’elles empêchent l’expression du ressenti de quiconque voudrait en parler. Or, le 13 novembre 2015 a touché toute une nation, en l’occurrence la France. Il est donc naturel – et sain – que la fiction s’en empare. Ce n’est pas en sanctuarisant les événements qu’on les maintient vivaces dans les esprits.

Aux États-Unis, seulement quelques années après la fin de la guerre du Vietnam, des films ont été réalisés sur ce douloureux sujet, tels Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino, ou Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola. Et je ne parle même pas du 11 septembre, lequel a eu son lot de fictions.

Aussi, la pétition lancée par Claire Peltier est, selon moi, une erreur, d’autant qu’on pouvait s’attendre à ce que la réalisatrice ne prenne pas fait et cause pour les auteurs des attentats : « Le téléfilm, réalisé par Marion Laine, devrait raconter la romance entre un homme et une femme venus assister au concert du groupe Eagles of Death Metal le soir du 13 novembre 2015 au Bataclan » (op.cit.).

Lorsque Arthur Dénouveaux, président de l’association de victimes Life For Paris, déclare que « même si on n’a jamais réclamé la censure, on est content que la pudeur et la retenue l’emportent », je crains qu’il ne se fourvoie car censure il y a.

Une censure qui se manifeste presque quotidiennement et rend la vie des créateurs impossible en France. Voir la dernière sortie de Serge Klarsfeld à propos de la prochaine publication des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, sachant que le sieur Destouches est en 1961 et que les antisémites n’ont pas besoin de lui pour s’épanouir dans leur haine délétère.

La création ne pouvait déjà plus rire de tout. Voici qu’elle ne peut plus pleurer de rien.

30 décembre 2017

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