Il faut également noter que la Charte des Nations unies et la résolution n° 2625 précitées traitent des relations internationales entre les États. Ce sont donc bien les relations entre nations qui sont visées. À ce jour, la n’est ni une nation ni un État. Le pouvoir central de Madrid a ainsi l’autorité légitime pour refuser toute tentative de sécession d’une quelconque des communautés qui composent la nation espagnole.

Il est reproché au Premier ministre espagnol, M. Rajoy, d’utiliser la force et de « recourir à la violence ». Mais lorsque les refus, verbal et écrit, ne suffisent plus et qu’une consultation partielle, limitée à la Catalogne, non constitutionnelle et contraire à la résolution n° 2625 des Nations unies, est organisée, quelle autre réponse peut bien donner le pouvoir central face à ce qui peut aussi être qualifié de violence ?

Toujours le même processus : provoquer la confrontation, pousser aux limites, constater et faire constater l’impasse, faire appel par médias interposés aux bons sentiments qui condamneront spontanément la violence de l’État régalien et loueront le pacifisme des progressistes. Souvenons-nous, encore une fois, du Kosovo : il fut reproché à Belgrade d’utiliser la force contre la sécession kosovare.

De même, serait-il reproché à de réprimer toute tentative de séparation de telle ou telle région… Curieusement, la réforme du découpage des nouvelles régions françaises est intervenue récemment. Passée de 22 à 13 régions métropolitaines, la France a rétabli de nouvelles “baronnies”, comparables en taille aux 16 Länder allemands. À une exception près, mais elle est de taille : la structure de l’État central. En Allemagne, cet État est depuis longtemps, bien avant 1945, de type fédéral, parfaitement adapté à leur organisation décentralisée. En France, la décentralisation est “chaotique” et, surtout, l’État n’est pas de type fédéral.

Faisons donc un peu de politique-fiction et projetons-nous en un temps où toutes les nations de l’Union européenne auraient implosé et donné naissance à des confettis européens, régions indépendantes, théoriquement libres et souveraines. C’est ce que certains appellent aujourd’hui le “printemps des régions”… Le sinistre souvenir des “printemps arabes” n’aurait donc pas servi de leçon…

Il n’est pas trop difficile d’imaginer quel pays, au milieu de toutes ces régions-confettis européennes, trop petites pour peser individuellement, serait le seul à pouvoir maintenir intact son leadership. Ce serait celui dont les régions ne désagrégeraient pas l’État central parce que sa structure est d’ores et déjà adaptée à ce type de fonctionnement.

La sécession catalane n’est donc pas seulement un mauvais présage, un précédent juridique dangereux, c’est aussi, après le “printemps des régions”, le plus sûr moyen d’imposer une fédérale pure et dure.

Bien que gravement funeste, cette géopolitique-fiction de mauvais goût, je le concède, aurait-elle alors dit son dernier mot ? À la réflexion, rien ne serait moins sûr. Car le morcellement généralisé des États-nations européens ne se limiterait ni à la destruction des nations souveraines, ni à l’avènement de la régence allemande sur l’Europe.

Cette situation donnerait de nouveau naissance à des conflits armés territoriaux basiques. Les guerres territoriales d’annexion ont quasiment toutes pris fin après la Seconde Guerre mondiale et la disparition des empires coloniaux. Ceci en grande partie comme conséquence de l’adoption de la Charte des Nations unies et de la résolution 2625 déjà citée. La tentative d’annexion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein en est un exemple, l’échec de l’URSS de Brejnev dans sa tentative d’accès aux “mers chaudes” – océan Indien par le passage Afghanistan, puis Pakistan – en est un autre.

Mais si la sécession catalane faisait tache d’huile, alors il serait quasiment certain que de nouveaux conflits territoriaux, de conquête se feraient jour en Europe, rejouant la même tragique partition qu’au siècle dernier. Et il ne faudrait pas, alors, compter sur cette Union européenne de l’argent roi et des égoïsmes pour y mettre un terme.

Autant les frontières des nations (au sens de ce qui a une culture, un budget, des lois, une langue et un peuple) seraient incontestables et défendables, autant les limites géographiques – impossible de les qualifier de “frontières” – entre régions aux critères amoindris nous renverraient vers les situations moyenâgeuses des roitelets guerriers de l’époque.

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